Mobilités douces et actives : faire naître un autre imaginaire

mobilités douces et actives

Mobilités douces et actives : faire naître un autre imaginaire

L’enjeu est mondial.

Il faut réduire l’augmentation des températures à moins de 2° d’ici à 2050, lutter contre la sédentarité, réduire le nombre d’accidents routiers, améliorer la qualité de l’air en ville, … Pour cela, il faut -notamment- agir sur nos modes de déplacements les plus polluants: les réduire et trouver des alternatives. Il en va de la survie de la planète, ou plutôt de la survie de l’espèce humaine sur la planète. Espèce humaine qui est elle-même impactée, dans les pays dits développés- par les effets délétères de ses propres comportements: pollution de l’air cause de décès prématurés, surpoids causé par l’insuffisance d’activités physiques, perte de lien à l’alimentation… 

Le tableau pourrait paraître assez sombre. À juste titre sans doute. 

Mais il y a aussi des raisons d’espérer, plein de choses sur lesquelles s’appuyer et d’autres à imaginer… 

Je suis tombée par hasard sur cette rediffusion de l’émission ‘Grand bien vous fasse’ sur France Inter, Les plaisirs du vélo’.  Autour du micro David Le Breton, anthropologue et Olivier Razemon, journaliste spécialiste des transports. 

Lors de sa première diffusion, en novembre 2020, l’émission est couplée avec un éclairage de l’ANSES sur le niveau d’activité physique des 11-17 ans. Sur ces sujets, basée en Auvergne, c’est le Professeur Martine Duclos qui est incontournable.  Elle dirige un service de médecine du sport au CHU de Clermont-Ferrand ainsi qu’une activité de recherche au sein de l’Université Clermont Auvergne, au laboratoire CRNH. En 2015, elle crée l’Observatoire National de l’activité physique et de la sédentarité : elle intervient dans plusieurs projets de recherche européens sur les déterminants de l’activité physique et la sédentarité. 

Ce sujet de la prévention santé et du rôle de la mobilité au sens physique et physiologique ’est d’ailleurs un véritable marqueur de l’excellence académique de l’Université Clermont Auvergne, inscrit comme l’un des piliers du programme Cap20-25

Elle interviendra auprès de différents publics durant OrbiMob’ pour expliciter ses travaux de recherche et éclairer certaines initiatives en faveur de l’activité physique chez les jeunes, comme les vélo-bureaux à Vichy.

Une représentation culturelle

On est là au cœur de l’ambition d’OrbiMob’. Pourquoi ? Parce que, s’il s’agit de réinterroger la question des mobilités sous l’angle des spécificités et atouts de notre territoire, des orientations législatives, des avancées scientifiques, des grands projets structurants …la mobilité c’est aussi une question culturelle, dans tous les sens du terme.

La Mobilité traverse l’histoire de l’Art, c’est l’histoire des grands voyages, de la mythologie, des comptoirs commerciaux, … que l’on savoure dans la peinture, la littérature,  les carnet de voyage, le cinéma …

Le Festival International du Court Métrage, le Festival du Carnet de Voyage, Clermont Massif Central 2028 … Chacun de ces acteurs majeurs pourrait aussi se saisir d’OrbiMob’ pour interroger la question des mobilités dans la culture.

En écoutant David Le Breton, Olivier Razemon, Eric Fotorino, parler d’harmonie avec les éléments, de liberté permanente, de pied de nez aux valeurs ultralibérales de notre société, ce qui est assez flagrant, c’est le changement de paradigme qui s’impose. 

Notre aventure contemporaine sera celle qui nous amène à  reconstruire notre imaginaire autour de nos déplacements. Ce qui est aussi extraordinaire, c’est que nous avons toutes les raisons rationnelles et effrayantes d’engager la transformation mais l’époque nous en donne aussi les moyens. Nous avons accès à des solutions et des technologies qui n’existaient pas et qui ouvrent de nouveaux horizons, concilient des dimensions qui étaient opposées, …

Nicolas Roussel CEO de Koboo [vidéo] est passionné par nos arbitrages quotidiens, ceux qui nous amènent à choisir le mode de déplacement adapté à l’instant. 

C’est sans doute là la première marche de la transformation des pratiques. Rompre l’automatisme, le réflexe pour passer à  la pleine conscience de ses choix et des critères qui les guident : la météo, l’usage, le temps disponible, l’humeur , la sociabilité … 

L’enjeu des politiques publiques est vraisemblablement de faciliter le recours à une palette de possibilités. Mais pour éclairer autrement les choix, il y a aussi une petite révolution  culturelle individuelle à opérer.

Éloge de la lenteur … et autres petits  plaisirs retrouvés

Notre système de référence a sanctifié la rapidité et l’efficacité. Le voyage doit être lointain.  Le gros bruit d’un gros moteur est le signe de la puissance et du pouvoir.  Le grand magasin est le symbole de la consommation facilitée …

La crise sanitaire a démocratisé un certain nombre de réflexions et de pratiques jusque-là cantonnées à des milieux militants ou éclairés.

Le développement du vélo comme de la marche ouvrent une brèche dans cette hiérarchie en réhabilitant le temps plus lent (et encore, pas toujours, lorsqu’il s’agit de vélo urbain), une fonctionnalité autre, un ressenti physique de son corps, un temps présent très intense.

De même que l’électrique, en supprimant le bruit, brouille les cartes…

De même que le questionnement sur la valeur d’un très court voyage très éloigné,  amène à réapprendre à apprécier l’environnement de  proximité. 

Il ne s’agit pas de condamner la vitesse qui a ses vertus et ses nécessités, mais de l’interroger. S’il est parfois impératif d’atteindre vite sa destination, aujourd’hui, force est de reconnaître que l’on ne pense pas toujours le trajet comme un vrai temps de vie. C’est plutôt un temps subi. Parfois, quand les horaires de travail sont décalés, que les  services sont éloignés, le choix d’un temps de qualité est plus contraint. Mais pas toujours. Pour mémoire, à l’échelle nationale, ⅔ des déplacements en voiture concernent des trajets de moins de 3kms… 

Envisager de partager ses trajets du quotidien en covoiturant, c’est accepter la contrainte de perdre un peu de liberté dans ses choix d’horaires, mais c’est aussi faire de son temps de trajet un temps d’échanges et de rencontres.

Prendre son vélo (ou marcher) plutôt que sa voiture, c’est parfois aller plus vite, en ville, si l’aménagement le permet, mais surtout, c’est s’offrir un temps d’activité physique bénéfique pour sa santé et inclus dans sa journée, s’octroyer un temps d’esprit libéré propice à l’intériorité, … 

Privilégier les circuits courts, c’est soutenir la production locale de son territoire, éviter les longs trajets émetteurs de gaz à effet de serre mais c’est aussi s’offrir l’opportunité de retisser le lien avec le monde agricole, ses rythmes, ses contraintes.

C’est à une réflexion sur nos choix de mobilités, à une meilleure connaissance de leurs impacts, à une re découverte des potentiels du territoire qu’invite OrbiMob’ du 11 au 16 octobre, avec une journée dédiée au grand public, en clôture, Place de Jaude.