Mobilité : Comment le territoire fait émerger l’innovation ?


C’est le 10ème objectif du programme Orbimob : ” aider à développer l’activité économique régionale dans le secteur des mobilités et aider à consolider une stratégie/action conjointe de recherche de fonds (régionaux, nationaux européens, mondiaux) pour soutenir les ambitions précédemment citées et faciliter l’accueil d’acteurs nouveaux.”

 Animée par Bérangère Farges, Directrice générale adjointe de l’UCA – Partenariats et Territoires, Directrice adjointe de l’I-SITE CAP 20-25, cette conférence rassemblait  Yannick Izoard, Directeur de Clermont Auvergne Innovatio,  Elisabeth Logeais, Déléguée générale, TENNERDIS, Rémi Berger, Directeur de l’axe Innover, CARA,   Olivier Bernasson, Président de French Tech Clermont Auvergne,  Vincent Supiot, Directeur du Village by CA Centre France et Frédéric Coureau, Fondateur de la start-up Pile-ici

Un continuum stratégique

La belle start up d’aujourd’hui peut cacher  la grosse PME ou le groupe international de demain. Celui qui crée des emplois et  ancre la valeur sur un  territoire… 

Vincent Supiot, directeur du Village by CA Centre France, le rappelait: Limagrain en 1965, ce n’était rien, comme Théa il y a 25 ans, ou BabyMoov,  il y a 15 ans … C’est une évidence mais toutes les grosses entreprises d’aujourd’hui ont débuté de rien !  Et au delà de Vincent Supiot, c’est bien la ligne fédératrice de tous les acteurs de l’accompagnement de l’innovation et de l’entrepreneuriat : faire émerger et fidéliser la (les) pépites et un terreau d’acteurs solides.

Une start up qui décolle, c’est la bonne équipe, qui a mené le bon projet au bon moment … Et qui a su, parfois, exploiter toutes les ressources d’accompagnement de son territoire.

C’est le sens du témoignage du fondateur de Pile Ici. Frédéric Coureau le dit de lui-même, il est un créateur sénior.  Face inconvénients: il raconte le décalage perçu par rapport aux jeunes entrepreneurs, la remise en question, le challenge. … Face avantage:  il connaît parfaitement l’écosystème entrepreneurial, les portes auxquelles frapper… Actuellement, accéléré au Village by CA, il a bien exploité les différents concours, qui donnent du recul et de la visibilité, mobiliser les dispositifs utiles, les financements …  Un cas d’école, comme il y en a plein.

Cet écosytème local, Le Connecteur en a démarré la cartographie. Avec humilité, puisqu’une telle carto  est forcément non exhaustive et subjective.. Mais quoiqu’il en soit, on le voit, il est nourri. Il faut donc apprendre à le décoder, à s’y repérer …
Or, pour Bérangère Farges, directrice adjointe de Cap2025, en Auvergne, un porteur de projet n’a pas besoin de connaître toutes les portes auxquelles il peut frapper : les acteurs de l’accompagnement savent parfaitement créer les ponts utiles aux créateurs, entre eux. 

Pour Yannick  Izoard, directeur de Clermont Auvergne Innovation, le dernier né des acteurs de l’accompagnement, désormais le parcours de l’entrepreneur est quasiment ‘sans couture’.  Rejoint par Olivier Bernasson et Vincent Supiot, il fait aussi le constat d’une nette amélioration du niveau de préparation et de maturité des projets entrepreneuriaux qui arrivent dans les incubateurs.  Et justement, c’est bien ce continuum complet qui porte ses fruits.

 

Anatomie d’un écosystème “maturateur”           

Jean Pierre Brenas, conseiller régional Auvergne Rhône Alpes,  l’affirmait dans son introduction : un territoire doit se distinguer et pour se distinguer, il doit se spécialiser. Et en matière de politique de développement économique, c’est la Région qui donne le LA.

 

La mobilité est  l’un de ses 8 Domex (Domaine d’Excellence) et la stratégie régionale est structurée sur 4 axes principaux: les véhicules autonomes à usage professionnel, la mutation de la filière moteur thermique et le développement des filières hydrogène et cycle.

Ce thème de la mobilité est pleinement inscrit dans le projet de l’université Clermont Auvergne, reconnu par le label ISIte, Cap 2025, qui lui même s’appuie sur un travail de terrain de repérage des forces et atouts … D’ailleurs, la première labellisation French Tech, en 2016, portait sur la ‘filière’ mobilité (et cleantech)

Des pôles experts pour générer de la collaboration

Ensuite, à un domex correspond un “chef de file” opérationnel. Pour la mobilité, c’est le Pôle de Compétitivité et Cluster “Cara”  qui en est le bras armé opérationnel.  Un pôle de compétitivité, quels que soient sa thématique et son territoire, a pour vocation de générer des projets collaboratifs innovants entre PME, grands groupes, offreurs de solutions et académiques. Il accompagne vers la labellisation puis  vers le montage de  leur financement. Il maîtrise donc, par essence, à la fois les tendances du marché, les profils des acteurs de son territoire, privés et académiques et les financements actionnables. Il a ainsi un rôle d’émergence de projets, combinant des profils divers, mais plutôt déjà matures.  Sur la thématique Mobilité, peu ou prou, trois pôles sont actifs, chacun sur son positionnement complémentaires : CARA, le chef de file, Tenerrdis sur la transition énergétique, et CIMES, sur le manufacturing.

Pour la création, un paysage “incubation” stabilisé.

L’Université a restructuré un parcours complet. En amont avec, Clermont Auvergne Pépite pour susciter des vocations d’entrepreneurs chez les étudiants. Puis sous la bannière Clermont Auvergne Innovation,  dans le repérage dans les laboratoires de recherche de travaux à potentiels de création d’entreprise. Le parcours peut ensuite passer chez Busi, l’incubateur plutôt orienté Deeptech, se poursuivre par une accélération via Le Bivouac réintégré au CAI : “Créer une entreprise à partir de travaux de recherche n’a jamais été aussi facile”

Des fonds spécifiques

Le territoire propose deux fonds spécifiques et originaux, intervenant à deux moments critiques : celui du tout début, avec le Fond métropolitain d’innovation, qui est une bourse à la création plutôt dédiée aux jeunes créateurs. Sur cette phase, le besoin est de couvrir les “ frais de vie”: ce fonds propose l’équivalent d’un smic pendant un an à la condition d’un accompagnement du projet par un incubateur. Et, autre moment de fragilité, celui de l’amorçage, sur lequel on compte moins d’acteurs Là c’est la société de capital risque créée par St Etienne Métropole et Clermont Métropole et opérée par UI Investissement (ex Sofimac), unique en France, qui va prendre le relais. Un autre fond est en  cours de création, dédié au pré-amorcage pour les Deeptech.

Un écosystème qui donne envie

Pour Olivier Bernasson, Président de French Tech Clermont Auvergne, l’idée est de chercher le tuilage parfait pour ne pas rater les plus beaux projets et d’avoir des dispositifs de financement dont les logiques de retour sur investissement ou de retrait ne se pensent pas à court terme. Aujourd’hui, tous les maillons nécessaires au développement sont présents sur notre écosystème local, y compris quelques belles locomotives comme Afyren et Carbiolice, qui placent Clermont sur la carte des start Up qui compteront demain. Olivier Bernasson évoque aussi le rôle qu’a joué Turing22 pour permettre à l’écosystème local d’avoir un lieu pour se retrouver, un lieu d’émulation et de rencontres. Cette dynamique se poursuivra vraisemblablement avec le projet Cataroux, dont l’ambition aussi comptera pour positionner Clermont.

Pour terminer comme nous avions commencé, pour réussir un territoire doit se spécialiser.  Pour se spécialiser, il doit choisir ses combats et fourbir ses armes.

Si l’on choisit la mobilité, il faut faire en sorte d’être vu et reconnu :  de l’académique aux plateformes techniques, en passant par les entreprises déjà présentes … Il faut que le territoire soit attractif aussi pour des acteurs d’ailleurs, qu’une start up puisse se dire que ce territoire est bon pour son projet. C’est tout l’enjeu.