Expérience internationale : nourrir le socle commun de connaissances

OrbiMob’ c’est le programme de transformation durable des mobilités territoriales qui mobilise les acteurs auvergnats. C’est aussi un temps fort, comme un festival, en octobre, pour faire le point sur les avancées, partager des savoirs, échanger sur des expériences inspirantes. 

C’est derrière le qualificatif de “territoriale” que se cache toute la spécificité de la démarche OrbiMob’. Pour en prendre la pleine mesure, il faut prendre un peu de hauteur et appréhender le contexte international. C’est ce qui a motivé Patrick Oliva, l’initiateur du projet, dans la construction de journées dédiées aux expériences internationales dans le programme de rencontres OrbiMob’.

“ Lors de la COP26, il n’y en avait, une fois encore, que pour les grandes villes, les mégapoles même. Il faut arrêter avec cette obsession de la ville. Les habitants de la planète ne vivent pas tous dans des villes énormes ou équipées de transport en commun. Et il y a un gisement de créativité à mobiliser pour répondre aux enjeux des habitants de territoires ruraux ou péri-urbains. C’est tout l’enjeu du projet OrbiMob’ sur un territoire comme l’Auvergne.” 

L’état de l’art

Quand on veut se transformer, il faut avoir l’humilité de se demander qui s’est déjà engagé, comment et avec quels résultats. Comme pour un travail de thèse, il est impératif de faire l’état de l’art et de ne pas partir la fleur au fusil.  Pour éviter de réinventer l’eau tiède. 

Pour Patrick Oliva, “c’est souvent un point faible en France, une forme de nombrilisme qui nuit à l’efficacité. Pour entrer dans des sujets complexes, il faut un bagage de connaissances minimum. Sinon, les choix se font par conviction – trop fréquemment dogmatique- plutôt que par une réflexion appuyée sur des savoirs”. Pour acquérir et partager ce socle commun de connaissances, et imaginer leurs projections sur le territoire auvergnat, OrbiMob’ donnait la parole aux réseaux et initiatives de dimensions européennes ou internationales dont on a beaucoup à apprendre. 

L’une des journées avait plutôt pour vocation de comprendre les grandes orientations internationales. L’électrification ou les énergies renouvelables par exemple, sur lesquelles tous les pays du monde ont engagé une réflexion, avec des témoignages comme celui de l’ancien directeur de la recherche de l’Alliance Renault-Nissan ou un intervenant expert de l’Asie. 

L’Asie est à l’avant-garde des transformations. Il faut absolument le percevoir pour sortir de notre microcosme. Les expériences de la Corée du Sud, de la Chine ou du Japon sont très intéressantes à appréhender sur la question du mix énergétique ou du transport routier.  Chacun de ces pays a su engager une forte évolution tant quantitative que qualitative. Si l’on regarde du côté constructeurs, le groupe Hyundai-Kia est celui qui offre la plus grande diversité d’options technologiques. Et ce, sans dogmatisme qui fragiliserait le modèle. (Même si évidemment, pour ce qui concerne la Chine, tous les choix d’énergie ne sont pas inspirants)

Les apports de ces expériences sont d’ordre méthodologique, technique et culturel.

Si l’on prend l’exemple de la Chine en matière d’électrification, le plan est très clairement annoncé depuis 15 ans. Après les deux roues, ce sont d’abord les bus qui ont été convertis, directement dans le giron de l’État et des autorités publiques, puis les taxis, puis la logistique urbaine avant d’en arriver aux voitures individuelles. En France, l’objectif a été affiché à 30 ans… et à court terme, il n’y a pas vraiment d’étapes. De fait, on assiste à un éparpillement des moyens et donc un impact modéré. Culturellement, en France, nous avons tendance à chercher LA meilleure solution, or, il conviendrait plutôt de rechercher la meilleure combinaison de solutions.

Cette première étape d’état de l’art a pour double objectif à la fois d’harmoniser notre socle de connaissances mais également d’inscrire le territoire auvergnat dans cet univers international en faisant reconnaître la démarche volontariste et complète dans laquelle il s’engage.

Inspiration: l’Auvergne au cœur de réseaux internationaux

Autre approche d’importance, les réseaux internationaux dans lesquels Clermont et l’Auvergne sont insérés. Parce qu’il y a aussi beaucoup à en apprendre, OrbiMob’ leur donnait la parole.

  • Euromontana, l’association des régions de montagnes en Europe. Elle regroupe des collectivités, des universitaires, des institutions,…Sa mission est de promouvoir des montagnes vivantes en œuvrant pour le développement global et durable et l’amélioration de la qualité de vie.” La question des mobilités, complexes dans ces zones, est au cœur des réflexions. Dans une démarche d’influence, elle vise surtout à faire entendre ses besoins spécifiques à l’échelle européenne. Et OrbiMob’ la rejoint dans l’ambition de sortir les réflexions de l’ornière du tropisme des villes. Il s’agira à l’avenir de bien appréhender les bénéfices de ces réflexions et d’imaginer des collaborations et des expérimentations communes.
  • Le Réseau International des Villes Michelin. Comme son nom l’indique, le point commun de ce réseau est de prendre appui sur les villes dans lesquelles se trouve une implantation de la Manufacture. A l’exception notable de Shangaï, Montréal ou Bangkok, les villes sont plutôt de taille moyenne. Là encore, l’échange est inspirant. On peut citer par exemple Vitoria Gasteiz ou Karlsruhe, dont les démarches de transformation sont très actives avec à la fois une vraie vision stratégique globale et une déclinaison pragmatique des bénéfices pour les habitants. 

“C’est une dimension très importante et souvent très difficile, de savoir partager simplement et concrètement l’apport positif de toutes ces transformations. Elles doivent être appréhendées comme des améliorations de la qualité de vie, du plaisir des déplacements, des bénéfices en matière de santé. Et pas vécues comme des punitions. On sait bien à quel point la pédagogie autour des changements est délicate. On le voit bien actuellement autour du projet Inspire à Clermont, avec les modifications des voies de circulation ou la mise en place de la limitation à 30km/heure, … qui génèrent des réactions épidermiques “

  • Le Centre Jacques Cartier, créé en 1984, constitue une plateforme francophone d’échanges et de recherche entre milieux institutionnel, business et universitaire. Le réseau réunit les territoires d’Auvergne-Rhône-Alpes, du Québec et de la francophonie canadienne et s’intéresse à 3 grands thèmes: les enjeux de société, l’innovation partagée et le développement économique.

Les Entretiens Jacques Cartier, événement annuel dont l’épicentre alterne entre Lyon/Saint-Étienne/Clermont et Montréal, éclairent tous les sujets qui impactent les modes de vie. Et les questions de mobilité en font partie évidemment. Et même si Montréal est plus importante que Clermont, les problématiques sont assez proches dans la question du lien entre territoires urbains et ruraux.

  • Le programme européen Urb-En-Pact, dont Clermont Métropole assure le pilotage, rassemble 9 villes européennes autour de l’ambition de devenir des territoires à énergie positive. Ce projet aborde, via le partage d’expériences, le développement d’une production locale, le choix du mix énergétique, les questions de stockage et de déploiement de l’énergie … Si la mobilité n’est pas la clé d’entrée du projet, on voit bien comment les thématiques se nourrissent l’une l’autre. 
  • Enfin avec Erasmob, l’ambition est de créer un réseau universitaire européen autour de la thématique des mobilités durables. Pour l’Université Clermont Auvergne, il s’agit d’être identifiée comme une référence académique européenne sur ces sujets. (Lire notre article sur l’enjeu formation et ses premières avancées significatives) S’agissant d’une forme de labellisation, l’UCA se prépare à répondre début 2022 au tout nouvel appel à projet.

Tous ces réseaux doivent encore gagner en efficacité, en ambition d’actions mais il y a énormément à gagner de ces échanges. Aucune initiative n’est en soi parfaite, en revanche il y a partout des éléments de solutions pragmatiques sur lesquelles capitaliser. C’est tout l’enjeu de cette ouverture.

Partager l’expérience : capitaliser pour gagner en efficacité

Aujourd’hui, certains pays sont en avance sur des sujets spécifiques : la Norvège sur l’électrification ou le Danemark et les Pays Bas sur le cyclable. Ces initiatives ne sont pas forcément coûteuses. Nous devrions arriver désormais à faire des choix pragmatiques. Il n’est pas toujours nécessaire d’attendre des directives de l’Etat ou des collectivités. Il faut libérer l’initiative, renforcer les bagages de compétences des différents acteurs et cesser les guerres d’égo. Si l’on prend l’exemple de l’électrique, on pourrait mobiliser les acteurs locaux pour partager la situation de départ, identifier les déficits et les freins, inventorier les solutions disponibles et les moyens pour les démultiplier(lire notre article “2035 Adieu moteur à énergie fossile”) On peut par exemple accélérer le développement de l’hybride rechargeable en faisant appel au maximum aux énergies renouvelables locales, en fonction des besoins des populations et des ressources du territoire. 

Là encore, il s’agit d’être pragmatiques et réalistes. On entend beaucoup aujourd’hui dire à propos du bilan CO2 des véhicules électriques qu’il serait moins bon que le véhicule thermique. En fait, là encore, il faut éviter tout dogmatisme. La performance des bilans des véhicules est directement liée aux modalités de production, d’énergies notamment. Avec une électricité issue de centrales à charbon, le bilan sera nécessairement très mauvais mais si la production du véhicule et de l’électricité sont, comme en France, obtenues à partir d’un mix favorable, il est infiniment plus positif. Cela dépend donc des sources d’énergie mobilisables localement. Et notamment de la capacité à produire une électricité fortement décarbonée.  En France, on peut ne pas être favorable à l’origine nucléaire (~70%) de notre électricité, mais c’est une énergie peu carbonée et donc un atout à ne pas négliger pour l’heure, sauf à risquer un déclassement dans la dynamique d’électrification des mobilités. La France a, ne l’oublions pas, été longtemps leader en matière de batteries avec Saft et à l’avant-garde en matière de commercialisation de véhicules électriques avec PSA, qui a ensuite arrêté. Avant que Renault ne reprenne. Toutes ces hésitations par manque de conviction nationale et d’ambition à affirmer un modèle de transformation. Cette perte d’ambition se traduit aujourd’hui par des retards  et une indéniable dépendance industrielle.

La vraie “driving force” c’est la volonté du peuple 

L’intérêt de tous ces réseaux est bien de maximiser la connaissance, de favoriser les connexions, les rencontres… l’inspiration en somme. 

C’est la volonté du peuple qui est la vraie “driving force”de la transformation. Et pour cela, il faut développer la compréhension des enjeux, des solutions disponibles et l’envie de changement chez tous.

C’est ça l’esprit d’OrbiMob’ : on a tous un rôle à jouer, il faut se mettre en position de faire en sorte que chacun le joue. On a certes besoin de l’État, tout comme des collectivités territoriales, mais il faut remettre la société civile au centre du jeu. Il ne faut pas laisser les populations dans une posture d’immaturité sur des sujets vitaux, il faut accompagner leur ‘bagage’ de connaissances et leur permettre de pousser à l’action, individuelle et collective.