Véronique JAL

Expérience internationale : nourrir le socle commun de connaissances

OrbiMob’ c’est le programme de transformation durable des mobilités territoriales qui mobilise les acteurs auvergnats. C’est aussi un temps fort, comme un festival, en octobre, pour faire le point sur les avancées, partager des savoirs, échanger sur des expériences inspirantes. 

C’est derrière le qualificatif de “territoriale” que se cache toute la spécificité de la démarche OrbiMob’. Pour en prendre la pleine mesure, il faut prendre un peu de hauteur et appréhender le contexte international. C’est ce qui a motivé Patrick Oliva, l’initiateur du projet, dans la construction de journées dédiées aux expériences internationales dans le programme de rencontres OrbiMob’.

“ Lors de la COP26, il n’y en avait, une fois encore, que pour les grandes villes, les mégapoles même. Il faut arrêter avec cette obsession de la ville. Les habitants de la planète ne vivent pas tous dans des villes énormes ou équipées de transport en commun. Et il y a un gisement de créativité à mobiliser pour répondre aux enjeux des habitants de territoires ruraux ou péri-urbains. C’est tout l’enjeu du projet OrbiMob’ sur un territoire comme l’Auvergne.” 

L’état de l’art

Quand on veut se transformer, il faut avoir l’humilité de se demander qui s’est déjà engagé, comment et avec quels résultats. Comme pour un travail de thèse, il est impératif de faire l’état de l’art et de ne pas partir la fleur au fusil.  Pour éviter de réinventer l’eau tiède. 

Pour Patrick Oliva, “c’est souvent un point faible en France, une forme de nombrilisme qui nuit à l’efficacité. Pour entrer dans des sujets complexes, il faut un bagage de connaissances minimum. Sinon, les choix se font par conviction – trop fréquemment dogmatique- plutôt que par une réflexion appuyée sur des savoirs”. Pour acquérir et partager ce socle commun de connaissances, et imaginer leurs projections sur le territoire auvergnat, OrbiMob’ donnait la parole aux réseaux et initiatives de dimensions européennes ou internationales dont on a beaucoup à apprendre. 

L’une des journées avait plutôt pour vocation de comprendre les grandes orientations internationales. L’électrification ou les énergies renouvelables par exemple, sur lesquelles tous les pays du monde ont engagé une réflexion, avec des témoignages comme celui de l’ancien directeur de la recherche de l’Alliance Renault-Nissan ou un intervenant expert de l’Asie. 

L’Asie est à l’avant-garde des transformations. Il faut absolument le percevoir pour sortir de notre microcosme. Les expériences de la Corée du Sud, de la Chine ou du Japon sont très intéressantes à appréhender sur la question du mix énergétique ou du transport routier.  Chacun de ces pays a su engager une forte évolution tant quantitative que qualitative. Si l’on regarde du côté constructeurs, le groupe Hyundai-Kia est celui qui offre la plus grande diversité d’options technologiques. Et ce, sans dogmatisme qui fragiliserait le modèle. (Même si évidemment, pour ce qui concerne la Chine, tous les choix d’énergie ne sont pas inspirants)

Les apports de ces expériences sont d’ordre méthodologique, technique et culturel.

Si l’on prend l’exemple de la Chine en matière d’électrification, le plan est très clairement annoncé depuis 15 ans. Après les deux roues, ce sont d’abord les bus qui ont été convertis, directement dans le giron de l’État et des autorités publiques, puis les taxis, puis la logistique urbaine avant d’en arriver aux voitures individuelles. En France, l’objectif a été affiché à 30 ans… et à court terme, il n’y a pas vraiment d’étapes. De fait, on assiste à un éparpillement des moyens et donc un impact modéré. Culturellement, en France, nous avons tendance à chercher LA meilleure solution, or, il conviendrait plutôt de rechercher la meilleure combinaison de solutions.

Cette première étape d’état de l’art a pour double objectif à la fois d’harmoniser notre socle de connaissances mais également d’inscrire le territoire auvergnat dans cet univers international en faisant reconnaître la démarche volontariste et complète dans laquelle il s’engage.

Inspiration: l’Auvergne au cœur de réseaux internationaux

Autre approche d’importance, les réseaux internationaux dans lesquels Clermont et l’Auvergne sont insérés. Parce qu’il y a aussi beaucoup à en apprendre, OrbiMob’ leur donnait la parole.

  • Euromontana, l’association des régions de montagnes en Europe. Elle regroupe des collectivités, des universitaires, des institutions,…Sa mission est de promouvoir des montagnes vivantes en œuvrant pour le développement global et durable et l’amélioration de la qualité de vie.” La question des mobilités, complexes dans ces zones, est au cœur des réflexions. Dans une démarche d’influence, elle vise surtout à faire entendre ses besoins spécifiques à l’échelle européenne. Et OrbiMob’ la rejoint dans l’ambition de sortir les réflexions de l’ornière du tropisme des villes. Il s’agira à l’avenir de bien appréhender les bénéfices de ces réflexions et d’imaginer des collaborations et des expérimentations communes.
  • Le Réseau International des Villes Michelin. Comme son nom l’indique, le point commun de ce réseau est de prendre appui sur les villes dans lesquelles se trouve une implantation de la Manufacture. A l’exception notable de Shangaï, Montréal ou Bangkok, les villes sont plutôt de taille moyenne. Là encore, l’échange est inspirant. On peut citer par exemple Vitoria Gasteiz ou Karlsruhe, dont les démarches de transformation sont très actives avec à la fois une vraie vision stratégique globale et une déclinaison pragmatique des bénéfices pour les habitants. 

“C’est une dimension très importante et souvent très difficile, de savoir partager simplement et concrètement l’apport positif de toutes ces transformations. Elles doivent être appréhendées comme des améliorations de la qualité de vie, du plaisir des déplacements, des bénéfices en matière de santé. Et pas vécues comme des punitions. On sait bien à quel point la pédagogie autour des changements est délicate. On le voit bien actuellement autour du projet Inspire à Clermont, avec les modifications des voies de circulation ou la mise en place de la limitation à 30km/heure, … qui génèrent des réactions épidermiques “

  • Le Centre Jacques Cartier, créé en 1984, constitue une plateforme francophone d’échanges et de recherche entre milieux institutionnel, business et universitaire. Le réseau réunit les territoires d’Auvergne-Rhône-Alpes, du Québec et de la francophonie canadienne et s’intéresse à 3 grands thèmes: les enjeux de société, l’innovation partagée et le développement économique.

Les Entretiens Jacques Cartier, événement annuel dont l’épicentre alterne entre Lyon/Saint-Étienne/Clermont et Montréal, éclairent tous les sujets qui impactent les modes de vie. Et les questions de mobilité en font partie évidemment. Et même si Montréal est plus importante que Clermont, les problématiques sont assez proches dans la question du lien entre territoires urbains et ruraux.

  • Le programme européen Urb-En-Pact, dont Clermont Métropole assure le pilotage, rassemble 9 villes européennes autour de l’ambition de devenir des territoires à énergie positive. Ce projet aborde, via le partage d’expériences, le développement d’une production locale, le choix du mix énergétique, les questions de stockage et de déploiement de l’énergie … Si la mobilité n’est pas la clé d’entrée du projet, on voit bien comment les thématiques se nourrissent l’une l’autre. 
  • Enfin avec Erasmob, l’ambition est de créer un réseau universitaire européen autour de la thématique des mobilités durables. Pour l’Université Clermont Auvergne, il s’agit d’être identifiée comme une référence académique européenne sur ces sujets. (Lire notre article sur l’enjeu formation et ses premières avancées significatives) S’agissant d’une forme de labellisation, l’UCA se prépare à répondre début 2022 au tout nouvel appel à projet.

Tous ces réseaux doivent encore gagner en efficacité, en ambition d’actions mais il y a énormément à gagner de ces échanges. Aucune initiative n’est en soi parfaite, en revanche il y a partout des éléments de solutions pragmatiques sur lesquelles capitaliser. C’est tout l’enjeu de cette ouverture.

Partager l’expérience : capitaliser pour gagner en efficacité

Aujourd’hui, certains pays sont en avance sur des sujets spécifiques : la Norvège sur l’électrification ou le Danemark et les Pays Bas sur le cyclable. Ces initiatives ne sont pas forcément coûteuses. Nous devrions arriver désormais à faire des choix pragmatiques. Il n’est pas toujours nécessaire d’attendre des directives de l’Etat ou des collectivités. Il faut libérer l’initiative, renforcer les bagages de compétences des différents acteurs et cesser les guerres d’égo. Si l’on prend l’exemple de l’électrique, on pourrait mobiliser les acteurs locaux pour partager la situation de départ, identifier les déficits et les freins, inventorier les solutions disponibles et les moyens pour les démultiplier(lire notre article “2035 Adieu moteur à énergie fossile”) On peut par exemple accélérer le développement de l’hybride rechargeable en faisant appel au maximum aux énergies renouvelables locales, en fonction des besoins des populations et des ressources du territoire. 

Là encore, il s’agit d’être pragmatiques et réalistes. On entend beaucoup aujourd’hui dire à propos du bilan CO2 des véhicules électriques qu’il serait moins bon que le véhicule thermique. En fait, là encore, il faut éviter tout dogmatisme. La performance des bilans des véhicules est directement liée aux modalités de production, d’énergies notamment. Avec une électricité issue de centrales à charbon, le bilan sera nécessairement très mauvais mais si la production du véhicule et de l’électricité sont, comme en France, obtenues à partir d’un mix favorable, il est infiniment plus positif. Cela dépend donc des sources d’énergie mobilisables localement. Et notamment de la capacité à produire une électricité fortement décarbonée.  En France, on peut ne pas être favorable à l’origine nucléaire (~70%) de notre électricité, mais c’est une énergie peu carbonée et donc un atout à ne pas négliger pour l’heure, sauf à risquer un déclassement dans la dynamique d’électrification des mobilités. La France a, ne l’oublions pas, été longtemps leader en matière de batteries avec Saft et à l’avant-garde en matière de commercialisation de véhicules électriques avec PSA, qui a ensuite arrêté. Avant que Renault ne reprenne. Toutes ces hésitations par manque de conviction nationale et d’ambition à affirmer un modèle de transformation. Cette perte d’ambition se traduit aujourd’hui par des retards  et une indéniable dépendance industrielle.

La vraie “driving force” c’est la volonté du peuple 

L’intérêt de tous ces réseaux est bien de maximiser la connaissance, de favoriser les connexions, les rencontres… l’inspiration en somme. 

C’est la volonté du peuple qui est la vraie “driving force”de la transformation. Et pour cela, il faut développer la compréhension des enjeux, des solutions disponibles et l’envie de changement chez tous.

C’est ça l’esprit d’OrbiMob’ : on a tous un rôle à jouer, il faut se mettre en position de faire en sorte que chacun le joue. On a certes besoin de l’État, tout comme des collectivités territoriales, mais il faut remettre la société civile au centre du jeu. Il ne faut pas laisser les populations dans une posture d’immaturité sur des sujets vitaux, il faut accompagner leur ‘bagage’ de connaissances et leur permettre de pousser à l’action, individuelle et collective.

[RETROSPECTIVE] ORBIMOB 2021, un enjeu économique et social pour l’Auvergne

Orbimob a mis à l’honneur les mobilités durables territoriales 11 au 16 octobre 2021. Plus de 70 acteurs se sont rassemblés pour partager leurs expertises et diffuser les actualités de la filière.
Une semaine riche et foisonnante qui a permis de faire l’état de l’art des dynamiques territoriales. Pour celles et ceux qui n’ont pas pu y assister, une retrospective de ce qu’il faut retenir de cette seconde édition d’Orbimob.

INNOVATION Comment le territoire accompagne-t-il l’innovation autour des mobilités durables ?

C’est la question posée lors de cette table ronde ORBIMOB. Clermont Auvergne Innovation, les pôles de compétitivité TENNERDIS et CARA étaient invités. Les acteurs de l’innovation étaient également représentés à travers des interventions d’Olivier Bernasson de la French Tech, Vincent Supiot de l’accélérateur du Village by CA et Frédéric Coureau de la start-up Pile Ici. Découvrez la synthèse de l’intervention.

CARTO : Le Connecteur présente la première version de la cartographie des mobilités en Auvergne. 

La cartographie des mobilités durables en Auvergne est une photographie à un instant T. Utile, elle ne reflète cependant pas les dynamiques en cours. Nous avons choisi d’apporter un éclairage sur trois des briques représentées. Bienvenue dans le monde de demain : Impact, Twin Transition et mobilisation citoyenne: les enjeux majeurs de la mobilité durable.

Cartographie des mobilités en Auvergne. Impact, Twin transition et mobilisation citoyenne : les enjeux majeurs de la mobilité durable

 

FORMATION Relever le défi de la mobilité territoriale durable : premières matérialisations de l’enjeu formation

C’est l’un des objectifs majeurs du programme Orbimob « Aider le monde auvergnat de l’enseignement supérieur et de la recherche à devenir un ensemble multidisciplinaire reconnu dans les mobilités durables et à irriguer tout l’effort d’éducation de l’ensemble de la population » et, en peu de temps, on observe de premières avancées en la matière.

Mix énergétique : On a du mal à s’y retrouver avec les alternatives aux énergies fossiles.

Si l’on regarde tout ou partie de la chaine de production des ces nouvelles énergies, la réponse n’est pas si évidente. Une rencontre passionnante qui met à plat idées fausses et idées reçues.

Clin d’oeil : Hydrogène

Si vous ne savez pas encore ce qu’est une licorne verte, écoutez la Chronique de la start-up nation avec Lhyfe qui développe une production d’hydrogène vert…ce qui est en fera peut-être la 1ère de cette nouvelle espèce nommée “Licorne verte”

MULTI MODALITÉ L’enjeu ferroviaire

Le sujet fait écho à deux grands objectifs d’Orbimob « Aider à innover dans les domaines ferroviaires, aériens, voire fluviaux de courte distance et aider à favoriser la multimodalité et les solutions MAAS (Mobility As A Service) – mobilités servicielles – en misant sur des outils numériques conviviaux et relevant d’infrastructures frugales, sécurisées, tant en zones rurales qu’urbaines. »   Pour répondre à la question, 7 regards complémentaires. Notre résumé des débats.

ENGAGEMENT CITOYEN Une journée dédié au grand public.

Les mobilités durables étaient à l’honneur le samedi, Place de Jaude à Clermont-Ferrand. Plus de 40 acteurs de l’écosystème sont venus partager leurs expertises ! Le Connecteur était le partenaire média … 12 mini conférences, toutes en replay.

Relever le défi de la mobilité territoriale durable : premières matérialisations de l’enjeu formation

Retour sur la soirée “synthèse de l’offre de formation” – 14 octobre – IADT

En présence de Jean Marc Morvan, pour Clermont Auvergne Métropole, Mathias Bernard, président de l’Université Clermont Auvergne, de Chloé Pilch, chef de projet CMQ-E et de Ludovic Mitton et Michel James, de Frédéric Faucon, UCA, de Marie-Elisabeth Baudoin UCA, de Florence Puiseux ESC Clermont Business School, Jean-Louis  Coutarel ENSACF, David Benech (CMQ Auto’Mobilités’, Hélène Fantinutti CARA et Patrick Oliva

C’est l’un des objectifs majeurs du programme Orbimob « Aider le monde auvergnat de l’enseignement supérieur et de la recherche à devenir un ensemble multidisciplinaire reconnu dans les mobilités durables et à irriguer tout l’effort d’éducation de l’ensemble de la population » et, en peu de temps, on observe de premières avancées en la matière.

En cette soirée spéciale formation d’Orbimob,  Mathias Bernard, Président de l’Université Clermont Auvergne (UCA) le rappelait, la mobilité durable est profondément inscrite dans l’ADN de l’UCA et de toute le coordination territoriale, notamment au travers du projet I SITE. A ce titre, c’est donc une signature scientifique mais c’est également des attentes fortes qui poussent l’Université et ses partenaires à développer une offre de formations adaptées. Une impulsion nationale d’abord, qui, par la loi de programmation de la recherche de 2020, attribue à l’Université de nouvelles missions de service public pour la sensibilisation et la formation des jeunes aux enjeux de développement durable. Des attentes exprimées également par les jeunes, soucieux que leur formation les prépare à relever ces défis et enfin, des attentes du monde socioéconomique et des employeurs que leurs futures recrues diplômées soient bien formées sur ces enjeux.  

L’université et la coordination territoriale déploient donc actuellement ces nouvelles formations, répondant à des niveaux différents d’objectifs, de formats, de niveau de compétences et à des échelles différentes.

Etat des lieux de l’offre de formation « mobilité »

Transforming mobility : un Master of Sciences déjà installé

Déployé par l’ESC Clermont Business School depuis 2020, ce double cursus de Master of Sciences, proposé en alternance ou pas, complètement en anglais et accessible à bac +4, est le fruit d’une collaboration avec l’école d’ingénieur SIGMA. Il attire actuellement pour 50% à des élèves ingénieurs, 30% à des étudiants de l’ESC, les 20% restant venant d’horizons divers.  

Pour Florence Puiseux, responsable du MSC, son parti pris est fortement ancré sur les questions de transition, puisqu’il s’intéresse à la question de la transformation des modèles économiques autour du véhicule pour le futur. Dans un contexte de passage d’un marché de l’automobile à celui d’une économie de la mobilité, ces questionnements concernent beaucoup d’acteurs des filières automobiles, logistiques, de l’énergie mais également des plateformes de service de type Uber, Blablacar, Waze, les entreprises et leurs gestionnaires de flottes, les collectivités … Chacun doit repenser sa mobilité pour en réduire l’impact et optimiser ses déplacements, … Il s’agit de former des managers en capacité de mener ces transformations et de bien comprendre à la fois tous les acteurs et tous les besoins de mobilité, les enjeux, les défis … C’est tout l’enjeu de cette formation.

Plus d’infos ici

DU, CMQ [E], ERASMOB : DES PROJETS EMERGENTS

Accélération technologique, twin transition – numérique et écologique- …  Deux tiers des métiers qu’exerceront les élèves demain n’existent pas aujourd’hui. Dans le même temps, un nombre important de postes demeurent non pourvus dans certains secteurs d’activité… Confrontés, ces deux éléments démontrent la nécessité de repenser les principes et dispositifs de formation.

Un campus d’excellence des métiers et qualifications

C’est l’objet du label « Campus des Métiers et Qualifications d’Excellence. Il s’agit de « mettre en synergie tous les acteurs d’une filière économique et de l’éducation au sein d’un territoire pour apporter à ces mutations une réponse juste, adaptée, concrète et rapide. Une réponse sur toute l’échelle des diplômes pour tenir compte des besoins de l’emploi : du CAP au doctorat, en passant par le BTS »

La nouvelle vague d’appel à projets pour labelliser de nouveaux Campus se voit ajouter notamment une dimension d’Excellence c’est-à-dire une dimension internationale renforcée ainsi qu’un adossement à une activité de recherche. Un CMQ, est avant tout un réseau d’acteurs professionnels et académiques, rassemblés pour répondre aux besoins d’un territoire.

C’est ce à quoi vise la démarche CMQE Mobilité durable structurée autour de 8 filières et proposant des formations du bac -3 au Bac +8 (transport, logistique et services de la mobilité, développement durable, territorial et économie, sciences et environnement, industrie, électronique et systèmes électroniciens, informatique et numérique, santé). Les objectifs communs sont la valorisation et la féminisation des filières ainsi que le développement de l’insertion professionnelle grâce à une formation innovante et de qualité, adaptée aux besoins des entreprises et offrant une individualisation des parcours. Les deux têtes de réseau du Campus -le lycée Pierre Boulanger de Pont du château et l’IUT Clermont Auvergne– amènent chacun leurs expertises ainsi que leurs plateaux techniques. Ils organisaient ensemble le 13 octobre dernier, dans le cadre d’Orbimob, une première journée dédiée aux élèves qui a lancé la dynamique CMQ et, par la mixité des publics et la diversité des interventions, donnait un bon gage de l’esprit d’ouverture qui prédomine.

A savoir

Il y a d’autres CMQ en Auvergne Rhône Alpes et 7 autres Campus des Métiers et Qualifications sur la thématique élargie de la mobilité en France. En Auvergne Rhône Alpes,  en lien avec le cluster CARA, le CMQ Auto’mobilité se concentre sur la conception (prototypage), la caractérisation-test et la maintenance. David Benech, du CMQ Auto’Mobilités, a d’ailleurs partagé son expérience du parcours de labellisation et envisagé les collaborations à venir entre les deux campus.

UN TOUT NOUVEAU « D.U » (DIPLOME UNIVERSITAIRE)

Annonçant la création d’un DU, spécialisation ’Agir pour la mobilité durable’, Frédéric Faucon, enseignant chercheur en géographie évoque le souhait partagé par l’UCA et le SMTC, et attendu par l’environnement socio-économique d’une spécialisation dans ce domaine. L’objectif de ce diplôme sera de permettre d’appréhender les enjeux de mobilité du global (en termes de développement durable) au local.  Destiné aux élus, agents des collectivités locales, salariés d’entreprises ou d’associations, il contribuera à outiller les décideurs pour décliner de nouveaux leviers d’actions, explorer les pratiques innovantes des différents types de territoires et pour différentes populations. L’enseignement sera dispensé à 50% par des enseignants de l’UCA et 50% d’intervenants extérieurs, issus d’autres université, d’entreprises, d’experts ou encore de services de l’Etat. 

Ouverture du diplôme: septembre 2022

Enfin, ERASMOB, une université européenne

On l’a vu, la dynamique de formation, de recherche et d’innovation de l’UCA est inscrite dans le projet ISITE « L’innovation multimodale pour concevoir des modèles de vie et de production durables». L’ambition d’ERASMOB serait de construire un réseau d’établissements universitaires européens rassemblés autour des mobilités durables. Le projet est en cours de construction à l’échelle Européenne, avec la Norvège, la Grèce, la Roumanie, l’Estonie, l’Allemagne et la Belgique. Ensemble, des établissements de ces différents pays répondront à un appel à projet «  Université Européenne » lancé dans le cadre d’ERASMUS+

Plusieurs objectifs en matière de formation

*sensibiliser les étudiants en vue d’agir sur les comportements à court et long terme

* acquérir des compétences dans un cadre pluridisciplinaire et en anglais pour former des jeunes « prêt à œuvrer dans un cadre international »

Dans un temps court, l’idée serait de commencer par un module de communication interculturelle pour asseoir des bases communes et d’organiser un format d’université d’été pour les établissements partenaires, dans l’objectif de former le réseau qui pourra porter et faire vivre ce projet. L’intérêt de la démarche est qu’elle se pense pluridisciplinaire dès l’amorce en intégrant les dimensions de droit, économie, gestion et management, de santé, de technologie et de sciences sociales.

A terme, l’objectif sera la création d’un diplôme Licence ou Master.

L’intervention de l’Ecole d’Architecture, qui ne propose pas de formations spécifiquement orientées sur les questions de mobilité montrait néanmoins tout l’intérêt qu’il y a à intégrer l’approche architecture et urbanisme dans les projets dès leur conception ou pour leur transformation.

Pour Patrick Oliva, le territoire auvergnat se situe à la bonne maille pour agir efficacement : l’Université et ses implantations géographiques crée le maillage nécessaire et la spécialisation de chaque site sur des facettes différentes d’une même bannière ‘mobilité’ garantit une différentiation prometteuse.  

De la poule ou de l’œuf : comment donner envie de train… ou l’inverse.

14.10.2021 ORBIMOB : Une conférence animée par François Pelletier, avec Marie-Pierre Cognard, Directrice adjointe des mobilités, Conseil régional Auvergne Rhône-Alpes, Thomas Allary, Directeur régional, SNCF Réseaux, Frédéric Faucon, Enseignant-chercheur, Université Clermont Auvergne, Pierre Pommarel, Président, Association des usagers des Transports d’Auvergne. Stéphane Rodier, Maire de Thiers, Vice Président du Syndicat Mixte des Transports Urbains du Bassin Thiernois, Christophe Merlin, chef de service délégué mobilités en Auvergne, DREAL et Patrick Wolff, Président d’Objectif Capitales. 

Le sujet fait écho à deux grands objectifs d’Orbimob « Aider à innover dans les domaines ferroviaires, aériens, voire fluviaux de courte distance et aider à favoriser la multimodalité et les solutions MAAS (Mobility As A Service) – mobilités servicielles – en misant sur des outils numériques conviviaux et relevant d’infrastructures frugales, sécurisées, tant en zones rurales qu’urbaines. »   Pour répondre à la question, 7 regards complémentaires. Notre résumé des débats.

Un retard irrattrapable

Globalement, le constat est assez consensuel. Il y a 1000kms de ligne en Auvergne, dont 100 seulement sont électrifiées. Le réseau est très vieillissant et il y a un énorme retard à rattraper. Aujourd’hui, 3milliards d’investissement en Auvergne Rhône Alpes et il en faudrait 4 pour remettre à niveau …  La Région est responsable de la multimodalité- les TER et depuis peu les bus scolaires, dimension renforcée par la succession des différentes lois et par le fait que les communes qui le souhaitent peuvent déléguer à la région leur rôle d’AOM, choix qu’ont fait 95 sur 115 communes du territoire.  Le plan régional intervient à la fois sur la rénovation de tronçons de ligne mais également sur l’aménagement des gares et des abords, le tout avec une vision qui doit être élargie des solutions de mobilité à articuler entre elles en jouant sur la facilitation du covoiture, les systèmes de tarification multimodales, …  Une palette de solutions est en place, elle se poursuit par des études de fond sur les besoins en desserte.

Personne ne nie que le réseau ferroviaire a subi un désinvestissement pendant plusieurs décennies. Que même si, depuis quelques années, les investissements reprennent, on est encore très loin de rattraper le retard. Et que ce n’est sans doute pas ce qu’il faut chercher à faire de manière dogmatique et uniforme.

Le ferroviaire : très lourd en investissement

Orbimob – 14 octobre 2021- Quelle place pour le ferroviaire ?

Le ferroviaire est un mode de transport très lourd en investissement. Son bilan carbone n’est d’ailleurs pas systématiquement bon, si le train roule au diesel avec peu de voyageurs dedans  … De plus, il ne serait pas forcément toujours adapté aux problématiques de mobilités des zones peu denses,  vu qu’il a été conçu pour répondre à d’autres besoins (Par exemple, livrer les vins du sud à Paris). Il n’est pas toujours pertinent non plus en terme de temps de trajet. Prenant l’exemple du Clermont Lyon, Thomas Allary, Directeur régional, SNCF Réseaux, relève que la voie choisie ne suit pas une ligne droite, qu’elle est donc plus longue… et que si on privilégiait exclusivement le temps, il faudrait alors envisager un tunnel … ce qui n’est pas forcément la meilleure option.

Pour Frédéric Faucon, Enseignant-chercheur, spécialiste du rail, le réseau maille plutôt bien l’Auvergne même s’il reste quelques trous problématiques dans la raquette, comme une liaison performante vers Bordeaux et St Etienne. Le rail n’est pas partout, et n’a pas vocation à l’être. Il doit être complémentaire à d’autres modes. Et dans tous les témoignages entendus, s’il est une chose qui parait tranverse, c’est bien celle de la nécessité d’une intermodalité réellement bien pensée.

Choix du mode de transport : 5 critères d’arbitrage

Du point de vue de l’usager, les arbitrages entre  modes de transport se font sur globalement 5 critères :

  • Le temps de trajet
  • Le coût
  • La quantité (notion de cadencement) et la qualité (services) de l’offre
  • La fiabilité et la facilité (les rabattages, les points de connexions, l’accès)
  • La considération environnementale : sur ce point, parmi les externalités positives,  il y a la question des émissions de GES mais aussi le rapport occupation de l’espace/ volume transporté, la faible accidentologie aussi…  

Sur chacun de ces points, des choix sont à faire. Ils peuvent être politique, économique, sociaux, environnementaux,  d’aménagement … ou un peu de tout ça.

Parfois, à écouter les témoignages, on ne peut s’empêcher de penser au vieil adage « quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage ».

Réagissant au cas de la ligne Boen- St Etienne, la représentante du Conseil régional mettait en balance l’investissement de 50 M d’€ nécessaire avec les 30 usagers / jour de la ligne.

Certes, vu comme ça, le ratio n’est pas bon et aucun investisseur, même avec une logique de bon père de famille, n’irait mettre un sou. Mais en fait, d’où viennent ces 30 usagers/ jour restant ?

On peut aussi se dire que ce sont les 30 que rien n’aura découragé et qui n’ont pu trouver aucune solution alternative et que tous les autres ont fini par jeter l’éponge.  Pour être mesuré, on peut noter également que le regain d’amour pour le train est assez récent après une longue période de désamour.

En fait, là où le sujet de la mobilité est préoccupant, c’est dans le déplacement de proximité du quotidien, celui qui représente moins de 50kms. Autrefois circonscrit au trajet domicile- travail, il englobe aujourd’hui plus largement les déplacements de loisirs, de pratique sportive, d’accès aux pôles commerciaux ou administratifs… Ce faisant, la question de l’accès à un transport de proximité n’est plus cantonnée à un moment particulier dans la journée mais s’élargit à toute heure.

Donner envie de train

Le train pourrait-il être une partie de cette solution de mobilité en Auvergne ?

Pour Pierre Pommarel, Président de l’Association des usagers des Transports d’Auvergne, l’approche consistant à parler de l’Auvergne comme un territoire peu dense induit en erreur par l’effet lissant de la moyenne arithmétique. En réalité, la population auvergnate est concentrée sur les vallées et les pôles urbains, ce qui est très favorable pour une desserte en train. 

Il rappelle également que l’investissement est important ; et en réseau et en matériel roulant mais que le rendement est croissant avec l’augmentation du trafic.  Il faut donc donner envie de train, il y a, on l’a déjà évoqué, plein d’arguments favorables mais il y a aussi des pré requis sans lesquels rien ne peut fonctionner. L’offre doit être adaptée aux besoins de déplacement, ce qui formulé ainsi peut ressembler à une lapalissade. En fait, le sujet central est celui de la fréquence et de la plage horaire desservie et de son caractère rassurant. C’est le premier critère d’attractivité, y compris en milieu urbain : on le comprend bien, si le tramway clermontois passait toutes les heures, il n’y aurait personne dedans !

Le second pré requis, c’est celui d’une multi modalité la plus fluide possible autour des gares. C’est un critère très déficient en Auvergne.

Pour M Pommarel, si l’on prend l’exemple du tronçon Clermont > Issoire, on pourra constater qu’il n’y a aucun rabattement vers les gares depuis les petites communes. Et ce n’est pas là une question d’investissement mais d’analyse des besoins et des pratiques et de propositions pragmatiques ; Si l’on regarde du côté de l’exemple Allemand de la ligne reliant Frieburg à Briesach (8000 habitants), le cadencement toutes les heures a permis d’augmenter significativement l’usage du train. Et de faire baisser son cout au kms. En France, 2/3 des budgets du ferroviaire seraient consacrés au fonctionnement et 1/3 à l’investissement, proportion strictement inverse pour l’Allemagne. Dans le même temps, le coût de fonctionnement au kilomètre est de 25€ en France et de 15€ en Allemagne. Or pour M Pommarel, on peut multiplier les fréquences sans multiplier les coûts, simplement en réduisant le temps de latence du matériel roulant et en optimisant le temps de travail des conducteurs.  Pour cela, il faudrait, et l’ouverture à la concurrence de l’exploitation des lignes va sans doute le permettre, revoir le monde de fonctionnement de la facturation aux Région, qui n’inclut pas du tout cette dimension de gain de productivité.

Du pragmatisme et du cas par cas

Le témoignage de Stéphane Rodier, Maire de Thiers, Vice Président du Syndicat Mixte des Transports Urbains du Bassin Thiernois, était aussi éclairant sur cette approche non dogmatique. Chacun sait que l’argent public n’est pas sans limite (ou ne l’est habituellement pas !) et qu’il faut donc faire des choix. Ce qui importe c’est davantage la cohérence de ces choix pour un vrai maillage pertinent qui réponde aux besoins réels des populations et aux problématiques spécifiques des territoires. Dans les choix de lieu d’habitation, dans la gestion des moments de vie comme les études, la question de l’accessibilité a très souvent un pouvoir d’arbitrage. Ce qui d’ailleurs a présidé à la création de l’association Objectif Capitale, qui a mené combat autour de la nécessité d’accompagner le regain d’attractivité du territoire en supprimant un de ces derniers verrous : la desserte vers Paris et Lyon.

L’exemple des initiatives du bassin de Thiers à destination des apprentis par exemple est instructif. Pour Stéphane Rodier, on retrouve l’œuf et la poule:  l’offre de mobilité se base sur la densité de population mais la densité de population est aussi directement liée à l’offre de mobilité. Traiter la question de l’offre de mobilité est impératif pour ne pas laisser des zones se « spécialiser » en termes de richesse et de pauvreté en capital social, culturel, … C’est un véritable marqueur d’équité sociale et peut avoir un effet accélérateur d’iniquité.

Ainsi l’initiative à destination des apprentis apparait très pragmatique. Elle part du constat d’un besoin des entreprises d’attirer de nouveaux talents, d’une volonté de développer la formation et d’accueillir des apprentis. Ils présentent un profil assez homogène en termes de problématiques d’hébergement et de mobilité. La communauté de communes a ainsi mis en place un foyer pour les accueillir et organisé autour de ce foyer plusieurs solutions de mobilité : un covoiturage organisé par un prestataire vers les bassins d’emplois, complété d’un service de Vae ainsi que par la mise à disposition de voiture en autopartage. L’ensemble est maillé, centré sur des besoins bien connus, et mis en œuvre en mode expérimental pour un budget limité. Ce type d’approche très ‘user centric’ se décline sur autant de problématiques rencontrées. Logique que l’on voit se mettre en place dans les réflexions par « bassins de mobilité » initiée par le Conseil régional.

En  conclusion, le potentiel du rail en Auvergne est important, la distribution spatiale de sa population fait qu’une part non négligeable peut y trouver une solution pertinente. Il faut néanmoins agir pour « redonner envie de train ». Sur le plan économique, le périmètre de réflexion de son utilité doit être élargi au développement du frêt de marchandise, à une exploitation touristique comme cela se fait ponctuellement  … Et quoiqu’il en soit, il verra son épanouissement dans une insertion vertueuse dans une vraie réflexion multimodale et globalement dans la vision systémique et coordonnées de toutes les parties prenantes. Patrick Oliva le dit en conclusion «  il faut arrêter les études, se focaliser sur ce que l’on sait et faire. En utilisant les solutions frugales, en les maillant ensemble, on peut notablement améliorer la qualité de service et se mettre en mouvement sans plus attendre »

Mobilité : la recherche clermonto-auvergnate en mode pack

Orbimob- Soirée du 13 octobre

C’est le tout premier objectif d’Orbimob : “Aider le monde auvergnat de l’enseignement supérieur et de la recherche à devenir un ensemble multidisciplinaire reconnu dans les mobilités durables et à irriguer tout l’effort d’éducation de l’ensemble de la population”. La soirée du 13 octobre à l’IADT était pensée comme une synthèse des forces académiques du territoire. Autour du programme ISITE Cap2025 dont deux des 4 challenges sont liés directement à la mobilité, d’autres initiatives s’engagent et viennent compléter un arsenal scientifique permettant aux sites auvergnats d’adopter un positionnement fort et original. Tour d’horizon avec Anne Albert-Cromarias & Emilie Bourlier-Bargues: méta-organisations (ESC), Martine Duclos et Frédéric Costes: mobilité et santé (UCA), Michel Dhôme: mobilités innovantes (UCA), Sébastien Defix et Stéphane Javaloyes: DEM/UCA, Catherine Gauthier: urbanisme et mobilités (ENSACF), Arnaud Bocquillon: systèmes mécaniques intégrés et mobilités (CIMES) et Pierre Schiano (UCA)

Très structurant pour l’Université et ses partenaires, Pierre Schiano rappelait les fondements du label I SITE Cap 2025. C’est ” un grand programme de transformation du site académique qui a embarqué les parties prenantes internes, universitaires, laboratoires, mais aussi privés et institutionnels”. L’ambition ? structurer une université de recherche au rayonnement international, étroitement connectée à son écosystème local, décliné en 6 instituts disciplinaires, dont la création de l’INP.

Un module “politique publique et mobilité”

Si Cap2025 est structurant pour l’université, d’autres initiatives viennent compléter l’approche originale du site clermontois. Avec notamment une initiative portée au sein de l’école de Droit, dans le cadre d’un Master “Droit des affaires des collectivités publiques”. Il s’agit de lancer une activité de recherche en lien avec la mobilité au sein du centre Michel de l’Hospital dans l’axe “normes et Etat”. La création d’un nouveau module consacré aux politiques publiques de la mobilité permettra de faire le lien entre les projets évoqués et leur mise en oeuvre dans un nouveau cadre juridique, à construire et adapter aux problématiques terrain. Et travailler sur des thèmes juridiques au delà du Code des Transports en lien avec les réflexions nouvelles que vont ouvrir les nouveaux usages de transports, les nouvelles mobilités … C’est aussi une façon de donner une coloration aux formations juridiques clermontoises en lien avec un projet de territoire axé sur la mobilité. Patrick Oliva se réjouissant de cette nouvelle brique donnée au projet du territoire, en profite pour faire un appel du pied à l’école des Impots “dans les questions de transformation des mobilités, la dimension fiscale est toujours très importante, il serait vraiment très intéressant que notre Ecole des Impots Clermontoise se saisisse de cette question”.

Emergence d’une méta organisation : étude en science de gestion

Autre apport tout à fait original, le travail de Anne Albert-Cromarias et Emilie Bourlier-Bargues, ESC Clermont Business School / CLERMA sur l’émergence d’une méta-organisation. Ces deux enseignantes chercheuses en sciences de gestion cherchent à apporter un regard extérieur sur la “méta organisation” , c’est à dire une organisation constituée elle-même d’autres organisations que constitue Orbimob. Une méta organisation a pour but de peser sur son environnement et de combler les vides laissés par les organisations classique en menant une action collective de grande ampleur visant à relever de grands défis. A ce titre, Orbimob est un joli exemple. Tout l’enjeu du travail de recherche qui démarre est d’analyser le processus d’émergence et de formation de cette méta organisation, d’identifier ce qui conditionne le succès ou l’échec, comment se construit une gouvernance partagée efficace qui va produire des résultats efficaces. Un travail qui démarre en même temps que la méta organisation elle-même: une mise en abîme pour les porteurs d’Orbimob vraisemblablement très intéressante. D’ailleurs, la semaine d’événements Orbimob constitue en tant que telle une opportunité de créer des occasions de collaborations, de nouvelles jonctions entre les membres, de dissoudre quelques frontières … Ce qui, pour Patrick Oliva, est la première pierre apportée au socle de confiance nécessaire à l’ambition collective.

I SITE CAP 2025 : un programme structurant

Tout le programme est bâti autour d’un thème fédérateur “concevoir des nouveaux modèles de vies et de productions durables”, décliné sur 4 challenges qui prennent racine sur les forces académiques et économiques du territoire. Deux de ces challenges devenus ‘CIR’, centre international de recherche sont étroitement liés à la mobilité, celui représenté par Michel Dhome, relatif aux systèmes et services innovants pour la production et les transports et celui présenté par Frédéric Costes sur la mobilité personnalisée comme facteur clé de la santé.CA

Systèmes et services innovants pour le transport et la production

  • Produire et déplacer : les systèmes et services innovants pour la production et les transports, challenge présenté par Michel Dhome, qui rappelle que ce sujet est par essence mutlitdisciplinaire, porté en l’occurrence par 9 laboratoires de recherche, technologiques (Institut Pascal, Limos, ICCF, labo de mathématiques, Cérema, …) ou en sciences humaines, sociales et économie (Lapsco, Clerma…)
    • L’ambition est scientifique bien sûr mais aussi d’engager des coopérations public-privé, des dialogues spécifiques avec le monde socio économique dans la continuité de l’Agrotechnopole, de Factolab ou du SimatLab (labos ou plateformes partagées), ou encore des dispositifs partenariaux d’innovation ouverte tels que les” living lab et city lab” qui permettent d’associer plus largement collectivité et citoyens.
  • Le champ d’intervention de ce CIR se décline sur 4 axes
    • Labex IMobs3 – Plateforme PAVIN, la mini ville sur le plateau des Cézeaux
      • une navette construite par Ligier
    • Plateforme Brouillard et Bruits pour tester des capteurs
    • Usine du futur avec le laboratoire FactoLab, commun avec Michelin: axée mobilité, illustré par un test de charriot dans un environnement fluctuant avec de nouveaux capteurs qui génèrent énormément de données
    • Agrotechnologie innovante matérialisé à Montoldre dans l’Agrotechnopole porté avec l’Inraé, toute une activité qui s’applique dans les cultures, pour désherber, pour cueillir, surveiller la croissance des cultures…

La petite vidéo qui raconte tout

Mobilité personnalisée comme facteur clé de la santé

  • Bouger pour une vie en santé : la mobilité personnalisée comme facteur clé de la santé présentée par Frédéric Coste, directeur du Centre International de Recherche 3. Ce centre de recherche se consacre à l’étude de la mobilité durable des individus sous l’angle des facteurs directs (système musculo-squelettique et capacités d’activités physiques) et indirects (douleur, nutrition, microbiote, …) susceptibles d’influer sur la santé des individus. Ainsi on trouvera dans les travaux du centre, des études et dispositifs liés à la réduction de la douleur, à l’amélioration de la nutrition, au développement de nouveaux traitements ou de compléments alimentaires, … mais également toute une dimension de transfert ces connaissances vers les citoyens pour l’encourager à être plus actif. A titre d’exemple, sur ces 4 dernières années, 42 projets ont été soutenus, qui ont généré des partenariats internationaux, 13 dépôts de brevet et 5 créations de start up. Les axes principaux de recherche concerne le muscle, la nutrition, l’activité physique, la douleur, les maladies chroniques … et beaucoup de connexions entre différents sujets.
    • Une plateforme d’exploration de la mobilité humaine, en collaboration avec le Centre Jean Perrin et CRNH identifier le test pour diag
    • Un programme E santé “E mob” : qui a rassemblé des acteurs d’origine différentes sports, cliniciens, industriels pour signature sédentarité
    • City Lab à Vichy, expérimentation grandeur nature pour programme d’activités physiques multicibles
    • Adaptation de la formation Nutrition en Master Nutrition santé et mobilité, pour créer une communauté de chercheurs et docteurs
    • axes recherche biomarqueurs, travail de modélisation moléculaire, …
  • Les deux autres axes, rappelés pour mémoire : “Nourrir et préserver : Les agroécosystèmes durables dans un contexte de changement global” et “Protéger et sensibiliser : les risques naturels catastrophiques et la vulnérabilité socio-économique”.

Disparition de l’énergie fossile / Quel mix énergétique pour faire face ?

Un contexte favorable

3ème objectif du programme Orbimob, la question de l’énergie et plus particulièrement de l’exploitation de sa typologie géographique et d’activités pour “Aider à doter l’Auvergne d’une des plus solides stratégies exploratoires d’optimisation de l’utilisation des sols et de la biomasse pour le stockage du CO2 et l’obtention de biogaz voire d’autres biocarburants à des fins de mobilités”. 

La réflexion auvergnate menée dans le cadre d’orbimob s’est trouvée faire écho avec l’intervention du Président de la République sur le plan France 2030…

Hydrogène, semi-conducteurs ou encore batteries électriques : Emmanuel Macron a dévoilé ce mardi 12 octobre 2021 les secteurs prioritaires du plan « France 2030 » pour « faire émerger les champions de demain», face aux concurrences chinoise et américaine et aux critiques sur le « déclin » de la France. (…) Il relève le besoin d’hydrogène vert pour remplacer les énergies fossiles, notamment pour « l’alimentation des camions, bus, trains et avions ».  Le président a aussi annoncé l’objectif de « produire en France à l’horizon 2030 près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides ». D’autres annonces ont fait lever le sourcil même des presque premiers concernés comme celle de la dotation “un milliard d’euros dans l’énergie nucléaire d’ici à 2030 pour (…) faire émerger en France des réacteurs nucléaires de petite taille innovant avec une meilleure gestion des déchets ».

Le sujet est tout à fait propice à l’innovation c’est certain.

Les énergies fossiles seront prohibées à compter de 2035.  Il est donc urgent d’organiser la production- et la distribution-  d’énergies faiblement carbonées et d’adapter le parc automobile et les aménagements connexes.  On peut aussi commencer par réduire ses besoins en énergies!

A discuter avec les acteurs économique, hors toute position officielle, on n’est pas encore complètement serein. Les tendances sont là, les technos sont plus ou moins maîtrisées, mais il reste encore beaucoup de questions d’accélération, de passage à l’échelle, d’industrialisation … pour être tout à fait prêts en 2035!

Pour Patrick Oliva, instigateur du projet Orbimob,   la question renvoie – comme souvent -à celle d’un équilibre des solutions. En l’occurrence, d’abord un volet changement de pratiques  et, ensuite, un autre dédié à la question énergétique. Repenser la mobilité urbaine,  se passer d’énergie fossile en particulier en zone urbaine, dans laquelle la plupart des déplacements en voiture pourraient être évités, c’est d’abord  adopter a mobilité douce et active : le  vélo et la marche, dont les bénéfices sont multiples. Le cap pour Clermont est de passer la part modale du vélo de 3 à 15 % et piéton de 40 à au moins 50%. Cela suppose néanmoins quelques aménagements pour sécuriser les zones piétonnes (sans vélo, sans trottinette, …) ou cyclables avec des zones protégées ou la mise en place de zones à 30kms/h….
Sur le volet énergie,  on pense d’abord “électrification”, qui constitue une véritable clé de la dépollution. Là aussi, les expériences internationales montrent quelques exemples d’éléments à prendre en compte. Par exemple, le choix d’une techno déployée méthodiquement mais vite et à grande échelle. C’est le cas de l’électrification de la ville de Shenzen racontée par Patrick Oliva : planifiée étape par étape, mais à grande échelle dans un contexte professionnel maîtrisé. D’abord tous les bus, puis tous les taxis, puis la logisitique urbaine, et enfin les particuliers… Ou encore, la capacité à penser “réversible “: un mix de solutions gérées avec bon sens dans le but de répondre aux besoins et aspirations des citoyens à chaque phase de sa vie. Par exemple, des choix d’organisation des villes en fonction des heures de la journée :  un tracé routier peut être inversé pour s’adapter au sens des flux … peu pratiqué en France, c’est pourtant une approche pragmatique et peu couteuse.

Les énergies alternatives

Aujourd’hui Orbimob se penchait plus particulièrement sur le mix énergétique idéal ou souhaitable. Parole était donnée aux grands énergéticiens, Nadine Salaris, Directrice territoriale Allier, référente mobilité électrique Auvergne, ENEDIS| Patrick Carlier, Directeur territorial Auvergne GRDF, Hervé Poher, Délégué territorial Auvergne EdF, Rémi Bourdier, Oviance et Julien Chauvet, Directeur hydrogène France, Engie.

Avec eux, petit récap de la situation actuelles, des perspectives, des technologies disponibles, de leurs freins et perspectives…

De quoi parle-t-on ?

Il peut arriver qu’on se mélange un peu les pinceaux  autour de ces questions d’énergie, de type de moteur … 

Donc pour bien démarrer, quand on parle moteur,  on parle soit d’un  moteur à combustion interne qui fonctionne avec l’énergie fossile mais aussi d’autres ‘produits’ (biogaz, agrocarburants, hydrogène….) soit d’un moteur électrique qui, lui, est  alimenté soit grâce à une batterie soit grâce à une pile à combustible (dont le générateur est lui même alimenté le plus souvent par de l’hydrogène). Ceci posé, aujourd’hui, l’électrique est l’option dont on parle le plus.

La folie électrique

Les chiffres s’emballent, selon Nadine Salaris d’ENEDIS : +91% d’immatriculation de véhicules électrique ou hybride rechargeables. Il y avait 5000 véhicules  fin 2020,  on atteindra  10000 fin 2021 en Auvergne.  En fait, partout en France, les chiffres d’adoption sont bien plus rapides que prévu. Ces chiffres concernent surtout les véhicules légers, de particuliers, les mini bus … comme ceux qui circulent à Vichy par exemple, dans le cadre de la démarche Territoire à Energie positive …

Pour Rémi Bourdier, de la société Oviance, le 1er frein à l’achat de voiture électrique, c’est la question de la recharge et du temps nécessaire (juste après le prix quand même) En réalité, dans bien des cas, c’est un faux problème, totalement lié à la réalité de l’usage. Quand on dispose d’une prise chez soi, on a largement le temps d’une nuit pour recharger 120kms, ce qui correspond, en moyenne toujours, à 3 fois le besoin moyen quotidien. Et en Auvergne, l’habitat étant diffus et peu dense, l’habitat individuel est répandu. Par ailleurs, les équipements en ville évoluent rapidement, de même que les copropriétés qui ont à gérer le récent “droit à la prise” … tout cela fait que finalement l’autonomie ne sera très prochainement plus du tout un problème.

Ce qui est intéressant, c’est d’observer que ce point de fixation sur la recharge concerne en fait une toute petite proportion des déplacements réels. Sur l’exemple des bus de Vichy, il a été observé qu’ils rentraient au dépôt en fin de journée, à 50 % de leur charge. Pour autant, Il importe de faire croître en même temps les flottes de véhicules électriques et les solutions de recharge. 

L’enjeu demeure sur les grands déplacements, qui nécessitent un maillage important de bornes super chargeurs pour recharger en 10 minutes pour 400 kms. Mais là encore, Tesla va ouvrir son réseau à d’autres marques, et Hervé Poher indique que la filiale d’EDF va implanter 150 000 bornes en France, Total Energy va faire de même et s’équiper en super chargeur…  ce problème sera donc réglé d’ici 2-3 ans.

Pour les véhicules de particuliers, les solutions sont donc accessibles. Là où le sujet demeure complexe c’est sur la mobilité lourde : pour les camions en particulier, l’électrification est plus complexe et bien moins avancée (35 000 camions dans le monde circulent en électrique ou hydrogène, c’est peu) … et pourtant la problématique d’accès au centre ville s’intensifie avec la mise en place des ZFE. Elle est fonction du type d’usage et pour faire simple, s’il y a retour au dépôt donc petit trajet, la batterie électrique peut convenir, sinon, c’est plutôt du côté du BioGNV qu’il faudra aller voir.

Les perspectives les plus intéressantes

  • La capacité à  recharger en roulant (Electrification Road System) mais qui pose pour l’heure des questions d’investissement, 
  • Les biocarburants en gardant à l’esprit la problématique potentielle de concurrence avec alimentation humaine pour une décarbonation qui demeure modeste 
  • La batterie électrique avec un axe de travail d’innovation pour rechercher l’équilibre poids/volume/prix et appréhender aussi le cycle de vie dans son ensemble.

Le fameux hydrogène vert

Une alternative à la batterie, c’est le développement des piles à combustible alimentées avec de l’hydrogène produit par électrolyse de l’eau, à condition qu’elle le soit à partir d’électricité verte.

La Région Auvergne Rhône Alpes avec le projet “Zero Emission Valley” veut en faire une filière d’excellence en s’appuyant sur le fait que la chaîne de valeur technologique serait quasiment toute présente sur le territoire. L’objectif affiché par la Région serait “d’offrir au marché des véhicules hydrogène au même prix que le véhicule équivalent diesel”. 

Tout l’enjeu de la création de cette filière est d’industrialiser une production aujourd’hui expérimentale ou de petit volume, et ce en développant la capacité de production d’électricité verte. L’enjeu est majeur mais le chemin à parcourir est encore long. 

Avec Hympulsion, créée sous la forme d’un partenariat Public-privé rassemblant la Région, Engie & Michelin, la Banque des Territoires et le Crédit Agricole, le territoire dispose de l’outil opérationnel pour structurer une filière autour de l’hydrogène renouvelable; Auvergne Rhône Alpes compte beaucoup d’acteurs, situés sur toutes les étapes de la chaine de valeur. Il s’agit désormais d’accélérer le développement des usages en mobilité lourde : des tests sont en cours sur les transports en commun mais également sur les dameuses dans les stations de ski par exemple.

Pour la responsable commerciale d’Hydrogène France chez Engie, il faut déployer simultanément la poule et l’oeuf soit la production d’hydrogène- et les stations- ainsi que les véhicules. A termes, il y aura en Auvergne Rhône Alpes 20 stations. A ce jour, il y en a deux fonctionnelles, une à Chambery et l’autre, expérimentale, qui se stabilise aux Gravanches. 

Pour les transports interurbains, la solution – là encore- sera de mixer des solutions énergétiques:  l’hydrogène peut à termes être intéressant mais l’énergie nécessaire aujourd’hui pour produire de l’hydrogène n’est pas elle-même suffisamment décarbonée. De plus, si la pile à hydrogène présente des qualité en terme de pollution, d’autonomie, de nuisances sonores, elle interroge quand même sur la faiblesse de son rendement énergétique, sauf en cas de  grandes distances  (sinon aucun sens de dépenser de l’énergie pour produire et stocker de l’énergie)

Les biogaz : écoute et pédagogie 

Les moteurs à combustion interne fonctionnent avec un multitude de matières premières possibles. Les biogaz constituent une option présentant des externalités positives: ils sont particulièrement bien adaptés à la topographie auvergnate, permettent de relocaliser la production d’énergie, d’instaurer une forme d’économie circulaire non délocalisable, d’offrir un revenu à une part du monde agro forestier… Pour autant, ils génèrent encore souvent une forte résistance citoyenne…  Quand on parle biogaz, on parle méthanisation. Si vous tapez les mots clés méthanisation + critique dans votre moteur de recherche, vous verrez que le sujet n’est pas que consensuel. Accusée d’émettre des odeurs nauséabondes, d’appauvrir les sols, de générer du trafic routier, de détourner les terres agricoles  … la méthanisation demande encore beaucoup de concertation avec les parties prenantes et sans doute encore des efforts de recherche pour appréhender complètement et concrètement ses incidences négatives, réelles ou anticipées. 

Pour autant, sur Clermont 30% des bus de ville roulent actuellement en GNV; des expérimentations sont menées aussi sur les véhicules type bennes à ordures qui pourraient réutiliser les déchets collectés dans une parfaite circularité. Et le biogaz reste très adapté aux trajets interurbain du transport routier de marchandises, qui nécessite un maillage plus denses en stations de recharge, plus importantes et dédiées aux poids lourds. A termes, ⅔ des métropoles auront des bus qui circulent au gaz ou à l’électricité. La tendance est installée, les transporteurs ont besoin de décarboner leur flotte, le développement est exponentiel et les caractéristiques territoriales en Auvergne favorables. Selon P Carrier, le déploiement s’accélère avec déjà 3 stations opérationnelles, dans l’Allier, le Cantal et le Puy de Dome et d’autres en cours de finalisation en Haute Loire et dans le Puy de Dôme.

En conclusion, il n’y a pas une énergie miraculeuse mais bien un mix de solutions, fonction des ressources du territoire et des usages concernés, notamment du poids et de la distance à parcourir. Chacune des solutions comporte ses problématiques à résoudre : l’acceptabilité pour le biogaz, le passage à une production massive pour baisser les courts de production pour l’hydrogène vert, et plus largement pour l’électrique, le choix du bon mix de mode de production…

Mobilité : Comment le territoire fait émerger l’innovation ?


C’est le 10ème objectif du programme Orbimob : ” aider à développer l’activité économique régionale dans le secteur des mobilités et aider à consolider une stratégie/action conjointe de recherche de fonds (régionaux, nationaux européens, mondiaux) pour soutenir les ambitions précédemment citées et faciliter l’accueil d’acteurs nouveaux.”

 Animée par Bérangère Farges, Directrice générale adjointe de l’UCA – Partenariats et Territoires, Directrice adjointe de l’I-SITE CAP 20-25, cette conférence rassemblait  Yannick Izoard, Directeur de Clermont Auvergne Innovatio,  Elisabeth Logeais, Déléguée générale, TENNERDIS, Rémi Berger, Directeur de l’axe Innover, CARA,   Olivier Bernasson, Président de French Tech Clermont Auvergne,  Vincent Supiot, Directeur du Village by CA Centre France et Frédéric Coureau, Fondateur de la start-up Pile-ici

Un continuum stratégique

La belle start up d’aujourd’hui peut cacher  la grosse PME ou le groupe international de demain. Celui qui crée des emplois et  ancre la valeur sur un  territoire… 

Vincent Supiot, directeur du Village by CA Centre France, le rappelait: Limagrain en 1965, ce n’était rien, comme Théa il y a 25 ans, ou BabyMoov,  il y a 15 ans … C’est une évidence mais toutes les grosses entreprises d’aujourd’hui ont débuté de rien !  Et au delà de Vincent Supiot, c’est bien la ligne fédératrice de tous les acteurs de l’accompagnement de l’innovation et de l’entrepreneuriat : faire émerger et fidéliser la (les) pépites et un terreau d’acteurs solides.

Une start up qui décolle, c’est la bonne équipe, qui a mené le bon projet au bon moment … Et qui a su, parfois, exploiter toutes les ressources d’accompagnement de son territoire.

C’est le sens du témoignage du fondateur de Pile Ici. Frédéric Coureau le dit de lui-même, il est un créateur sénior.  Face inconvénients: il raconte le décalage perçu par rapport aux jeunes entrepreneurs, la remise en question, le challenge. … Face avantage:  il connaît parfaitement l’écosystème entrepreneurial, les portes auxquelles frapper… Actuellement, accéléré au Village by CA, il a bien exploité les différents concours, qui donnent du recul et de la visibilité, mobiliser les dispositifs utiles, les financements …  Un cas d’école, comme il y en a plein.

Cet écosytème local, Le Connecteur en a démarré la cartographie. Avec humilité, puisqu’une telle carto  est forcément non exhaustive et subjective.. Mais quoiqu’il en soit, on le voit, il est nourri. Il faut donc apprendre à le décoder, à s’y repérer …
Or, pour Bérangère Farges, directrice adjointe de Cap2025, en Auvergne, un porteur de projet n’a pas besoin de connaître toutes les portes auxquelles il peut frapper : les acteurs de l’accompagnement savent parfaitement créer les ponts utiles aux créateurs, entre eux. 

Pour Yannick  Izoard, directeur de Clermont Auvergne Innovation, le dernier né des acteurs de l’accompagnement, désormais le parcours de l’entrepreneur est quasiment ‘sans couture’.  Rejoint par Olivier Bernasson et Vincent Supiot, il fait aussi le constat d’une nette amélioration du niveau de préparation et de maturité des projets entrepreneuriaux qui arrivent dans les incubateurs.  Et justement, c’est bien ce continuum complet qui porte ses fruits.

 

Anatomie d’un écosystème “maturateur”           

Jean Pierre Brenas, conseiller régional Auvergne Rhône Alpes,  l’affirmait dans son introduction : un territoire doit se distinguer et pour se distinguer, il doit se spécialiser. Et en matière de politique de développement économique, c’est la Région qui donne le LA.

 

La mobilité est  l’un de ses 8 Domex (Domaine d’Excellence) et la stratégie régionale est structurée sur 4 axes principaux: les véhicules autonomes à usage professionnel, la mutation de la filière moteur thermique et le développement des filières hydrogène et cycle.

Ce thème de la mobilité est pleinement inscrit dans le projet de l’université Clermont Auvergne, reconnu par le label ISIte, Cap 2025, qui lui même s’appuie sur un travail de terrain de repérage des forces et atouts … D’ailleurs, la première labellisation French Tech, en 2016, portait sur la ‘filière’ mobilité (et cleantech)

Des pôles experts pour générer de la collaboration

Ensuite, à un domex correspond un “chef de file” opérationnel. Pour la mobilité, c’est le Pôle de Compétitivité et Cluster “Cara”  qui en est le bras armé opérationnel.  Un pôle de compétitivité, quels que soient sa thématique et son territoire, a pour vocation de générer des projets collaboratifs innovants entre PME, grands groupes, offreurs de solutions et académiques. Il accompagne vers la labellisation puis  vers le montage de  leur financement. Il maîtrise donc, par essence, à la fois les tendances du marché, les profils des acteurs de son territoire, privés et académiques et les financements actionnables. Il a ainsi un rôle d’émergence de projets, combinant des profils divers, mais plutôt déjà matures.  Sur la thématique Mobilité, peu ou prou, trois pôles sont actifs, chacun sur son positionnement complémentaires : CARA, le chef de file, Tenerrdis sur la transition énergétique, et CIMES, sur le manufacturing.

Pour la création, un paysage “incubation” stabilisé.

L’Université a restructuré un parcours complet. En amont avec, Clermont Auvergne Pépite pour susciter des vocations d’entrepreneurs chez les étudiants. Puis sous la bannière Clermont Auvergne Innovation,  dans le repérage dans les laboratoires de recherche de travaux à potentiels de création d’entreprise. Le parcours peut ensuite passer chez Busi, l’incubateur plutôt orienté Deeptech, se poursuivre par une accélération via Le Bivouac réintégré au CAI : “Créer une entreprise à partir de travaux de recherche n’a jamais été aussi facile”

Des fonds spécifiques

Le territoire propose deux fonds spécifiques et originaux, intervenant à deux moments critiques : celui du tout début, avec le Fond métropolitain d’innovation, qui est une bourse à la création plutôt dédiée aux jeunes créateurs. Sur cette phase, le besoin est de couvrir les “ frais de vie”: ce fonds propose l’équivalent d’un smic pendant un an à la condition d’un accompagnement du projet par un incubateur. Et, autre moment de fragilité, celui de l’amorçage, sur lequel on compte moins d’acteurs Là c’est la société de capital risque créée par St Etienne Métropole et Clermont Métropole et opérée par UI Investissement (ex Sofimac), unique en France, qui va prendre le relais. Un autre fond est en  cours de création, dédié au pré-amorcage pour les Deeptech.

Un écosystème qui donne envie

Pour Olivier Bernasson, Président de French Tech Clermont Auvergne, l’idée est de chercher le tuilage parfait pour ne pas rater les plus beaux projets et d’avoir des dispositifs de financement dont les logiques de retour sur investissement ou de retrait ne se pensent pas à court terme. Aujourd’hui, tous les maillons nécessaires au développement sont présents sur notre écosystème local, y compris quelques belles locomotives comme Afyren et Carbiolice, qui placent Clermont sur la carte des start Up qui compteront demain. Olivier Bernasson évoque aussi le rôle qu’a joué Turing22 pour permettre à l’écosystème local d’avoir un lieu pour se retrouver, un lieu d’émulation et de rencontres. Cette dynamique se poursuivra vraisemblablement avec le projet Cataroux, dont l’ambition aussi comptera pour positionner Clermont.

Pour terminer comme nous avions commencé, pour réussir un territoire doit se spécialiser.  Pour se spécialiser, il doit choisir ses combats et fourbir ses armes.

Si l’on choisit la mobilité, il faut faire en sorte d’être vu et reconnu :  de l’académique aux plateformes techniques, en passant par les entreprises déjà présentes … Il faut que le territoire soit attractif aussi pour des acteurs d’ailleurs, qu’une start up puisse se dire que ce territoire est bon pour son projet. C’est tout l’enjeu.

Mobilités douces et actives : faire naître un autre imaginaire

mobilités douces et actives

Mobilités douces et actives : faire naître un autre imaginaire

L’enjeu est mondial.

Il faut réduire l’augmentation des températures à moins de 2° d’ici à 2050, lutter contre la sédentarité, réduire le nombre d’accidents routiers, améliorer la qualité de l’air en ville, … Pour cela, il faut -notamment- agir sur nos modes de déplacements les plus polluants: les réduire et trouver des alternatives. Il en va de la survie de la planète, ou plutôt de la survie de l’espèce humaine sur la planète. Espèce humaine qui est elle-même impactée, dans les pays dits développés- par les effets délétères de ses propres comportements: pollution de l’air cause de décès prématurés, surpoids causé par l’insuffisance d’activités physiques, perte de lien à l’alimentation… 

Le tableau pourrait paraître assez sombre. À juste titre sans doute. 

Mais il y a aussi des raisons d’espérer, plein de choses sur lesquelles s’appuyer et d’autres à imaginer… 

Je suis tombée par hasard sur cette rediffusion de l’émission ‘Grand bien vous fasse’ sur France Inter, Les plaisirs du vélo’.  Autour du micro David Le Breton, anthropologue et Olivier Razemon, journaliste spécialiste des transports. 

Lors de sa première diffusion, en novembre 2020, l’émission est couplée avec un éclairage de l’ANSES sur le niveau d’activité physique des 11-17 ans. Sur ces sujets, basée en Auvergne, c’est le Professeur Martine Duclos qui est incontournable.  Elle dirige un service de médecine du sport au CHU de Clermont-Ferrand ainsi qu’une activité de recherche au sein de l’Université Clermont Auvergne, au laboratoire CRNH. En 2015, elle crée l’Observatoire National de l’activité physique et de la sédentarité : elle intervient dans plusieurs projets de recherche européens sur les déterminants de l’activité physique et la sédentarité. 

Ce sujet de la prévention santé et du rôle de la mobilité au sens physique et physiologique ’est d’ailleurs un véritable marqueur de l’excellence académique de l’Université Clermont Auvergne, inscrit comme l’un des piliers du programme Cap20-25

Elle interviendra auprès de différents publics durant OrbiMob’ pour expliciter ses travaux de recherche et éclairer certaines initiatives en faveur de l’activité physique chez les jeunes, comme les vélo-bureaux à Vichy.

Une représentation culturelle

On est là au cœur de l’ambition d’OrbiMob’. Pourquoi ? Parce que, s’il s’agit de réinterroger la question des mobilités sous l’angle des spécificités et atouts de notre territoire, des orientations législatives, des avancées scientifiques, des grands projets structurants …la mobilité c’est aussi une question culturelle, dans tous les sens du terme.

La Mobilité traverse l’histoire de l’Art, c’est l’histoire des grands voyages, de la mythologie, des comptoirs commerciaux, … que l’on savoure dans la peinture, la littérature,  les carnet de voyage, le cinéma …

Le Festival International du Court Métrage, le Festival du Carnet de Voyage, Clermont Massif Central 2028 … Chacun de ces acteurs majeurs pourrait aussi se saisir d’OrbiMob’ pour interroger la question des mobilités dans la culture.

En écoutant David Le Breton, Olivier Razemon, Eric Fotorino, parler d’harmonie avec les éléments, de liberté permanente, de pied de nez aux valeurs ultralibérales de notre société, ce qui est assez flagrant, c’est le changement de paradigme qui s’impose. 

Notre aventure contemporaine sera celle qui nous amène à  reconstruire notre imaginaire autour de nos déplacements. Ce qui est aussi extraordinaire, c’est que nous avons toutes les raisons rationnelles et effrayantes d’engager la transformation mais l’époque nous en donne aussi les moyens. Nous avons accès à des solutions et des technologies qui n’existaient pas et qui ouvrent de nouveaux horizons, concilient des dimensions qui étaient opposées, …

Nicolas Roussel CEO de Koboo [vidéo] est passionné par nos arbitrages quotidiens, ceux qui nous amènent à choisir le mode de déplacement adapté à l’instant. 

C’est sans doute là la première marche de la transformation des pratiques. Rompre l’automatisme, le réflexe pour passer à  la pleine conscience de ses choix et des critères qui les guident : la météo, l’usage, le temps disponible, l’humeur , la sociabilité … 

L’enjeu des politiques publiques est vraisemblablement de faciliter le recours à une palette de possibilités. Mais pour éclairer autrement les choix, il y a aussi une petite révolution  culturelle individuelle à opérer.

Éloge de la lenteur … et autres petits  plaisirs retrouvés

Notre système de référence a sanctifié la rapidité et l’efficacité. Le voyage doit être lointain.  Le gros bruit d’un gros moteur est le signe de la puissance et du pouvoir.  Le grand magasin est le symbole de la consommation facilitée …

La crise sanitaire a démocratisé un certain nombre de réflexions et de pratiques jusque-là cantonnées à des milieux militants ou éclairés.

Le développement du vélo comme de la marche ouvrent une brèche dans cette hiérarchie en réhabilitant le temps plus lent (et encore, pas toujours, lorsqu’il s’agit de vélo urbain), une fonctionnalité autre, un ressenti physique de son corps, un temps présent très intense.

De même que l’électrique, en supprimant le bruit, brouille les cartes…

De même que le questionnement sur la valeur d’un très court voyage très éloigné,  amène à réapprendre à apprécier l’environnement de  proximité. 

Il ne s’agit pas de condamner la vitesse qui a ses vertus et ses nécessités, mais de l’interroger. S’il est parfois impératif d’atteindre vite sa destination, aujourd’hui, force est de reconnaître que l’on ne pense pas toujours le trajet comme un vrai temps de vie. C’est plutôt un temps subi. Parfois, quand les horaires de travail sont décalés, que les  services sont éloignés, le choix d’un temps de qualité est plus contraint. Mais pas toujours. Pour mémoire, à l’échelle nationale, ⅔ des déplacements en voiture concernent des trajets de moins de 3kms… 

Envisager de partager ses trajets du quotidien en covoiturant, c’est accepter la contrainte de perdre un peu de liberté dans ses choix d’horaires, mais c’est aussi faire de son temps de trajet un temps d’échanges et de rencontres.

Prendre son vélo (ou marcher) plutôt que sa voiture, c’est parfois aller plus vite, en ville, si l’aménagement le permet, mais surtout, c’est s’offrir un temps d’activité physique bénéfique pour sa santé et inclus dans sa journée, s’octroyer un temps d’esprit libéré propice à l’intériorité, … 

Privilégier les circuits courts, c’est soutenir la production locale de son territoire, éviter les longs trajets émetteurs de gaz à effet de serre mais c’est aussi s’offrir l’opportunité de retisser le lien avec le monde agricole, ses rythmes, ses contraintes.

C’est à une réflexion sur nos choix de mobilités, à une meilleure connaissance de leurs impacts, à une re découverte des potentiels du territoire qu’invite OrbiMob’ du 11 au 16 octobre, avec une journée dédiée au grand public, en clôture, Place de Jaude. 

Français des villes & français des champs : pour une mobilité socialement juste et écologiquement responsable

français des villes, français des champs

Quand on parle mobilité, l’imaginaire commun d’aujourd’hui nous amène souvent plutôt dans l’univers urbain: tram, bus, voitures, trottinettes, vélo, marche, … et déplacements des personnes.

Or, la mobilité embrasse bien plus large ! et surtout, elle concerne aussi -et presque surtout- les territoires ruraux ou périurbains. 

Dans les espaces ruraux- et cela concerne en France entre 22 et 40 millions de personnes (selon la définition retenue)- la question de la mobilité conditionne aussi bien le potentiel de développement économique et l’emploi, que l’intégration sociale, l’égalité d’accès aux services et le respect de l’environnement. Elle constitue donc un enjeu global de développement territorial durable et de cohésion sociale. Et, on l’oublie aussi parfois, la mobilité, dans ses dimensions de découverte, de voyages, de balades … est aussi une activité de plaisirs et petits bonheurs…

Aujourd’hui, bien que quelques initiatives soient prises dans certaines zones, l’alternative à l’automobile en milieu rural reste insuffisante, voire inexistante. Les autres solutions  de transports (train, tram, bus, navettes autonomes, mobilités servicielles …) proposées sont souvent parfaitement conçues pour les grandes villes, mais peu adaptées aux campagnes. Ainsi, près de 80 % du territoire français ne dispose d’aucune solution pour les transports quotidiens autre que la voiture. Heureusement qu’elle est là, mais on aspire à mieux ou en tout cas, différent !       

En zone rurale française, 70 % des déplacements sont effectués en voiture, et 22 % à pied. Cela signifie que seulement 9 % de la population rurale utilisent les transports collectifs pour effectuer les trajets du quotidien. Face à de tels chiffres, on est en droit de se demander où le bât blesse. Petit tour d’horizon sur les enjeux de la mobilité rurale.

Et en la matière, il n’y a pas égalité. C’est ce que confirmait le premier baromètre des mobilités du quotidien publié par la Fondation Nicolas Hulot et Wimoov fin 2019. 

Ce baromètre soulève 5 points essentiels pour envisager la transformation d’une mobilité socialement juste et écologiquement responsable.

  • D’abord, l’envie de changement, poussée par la prise de conscience environnementale particulièrement forte chez les jeunes, dont 60% des 18-24 ans considèrent que les déplacements contribuent “beaucoup” à la dégradation de l’environnement.
    • Jeunes qui sont aussi parmi les plus contraints dans leur mobilité lorsqu’ils vivent en territoire rural
  • Le choix : 55% des français disent ne pas l’avoir pour leurs moyens de déplacements et parmi eux, 84% utilisent principalement la voiture. 77% disent ne pas pouvoir accéder à pied à des transports collectifs. 
    • Renforcé par la LOM (Loi d’Orientation des Mobilités), le rôle des AOM (Autorité organisatrice des Mobilités) implique que tous les citoyens, ruraux comme urbains, aient un droit égal à l’accès aux services de mobilité et de transports. La diversité des problématiques territoriales induit une capacité de formuler des propositions qui ne peuvent pas être uniformes
    • L’enjeu est donc d’assurer l’accès à l’emploi et aux services en développant des combinaisons de mobilités, en garantissant l’interopérabilité, entre territoires et opérateurs. 
    • Promouvoir les véhicules à faibles émissions : avec l’installation de bornes de recharge pour voiture électrique ;
    • Favoriser l’usage du vélo : en créant des pistes cyclables, en proposant des parkings sécurisés, des voies vertes, ou encore des vélos électriques en libre-service ;
    • Inciter au pédibus ou vélobus pour le ramassage scolaire ;
    • Augmenter le service de Transport à la Demande : pour éviter les transports vides, le TAD s’organise pour optimiser les trajets et répondre à tous les besoins.
  • Le coût, véritable frein à la mobilité et dont le poids s’accentue sur les foyers les plus modestes et pour les plus éloignés des centres urbains.
    • A noter au sujet de la tarification des transports que des réflexions sont engagées pour l’aborder sous l’angle de la transition écologique, en ajoutant aux coûts directs  des services de transports stricto sensu, ceux de l’ensemble des externalités négatives.  
  • Le renforcement des services de transports à la demande, l’encouragement des pratiques de covoiturage ou d’autopartage ou encore l’auto-stop organisé peuvent constituer des solutions adaptées et moins coûteuses
  • Le besoin de cohérence et d’articulation entre les différentes solutions proposées, un besoin d’information large des citoyens et d’évaluation des expérimentations menées.  
    • En effet, de nombreuses études montrent que la situation des transports publics dans les zones rurales est peu satisfaisante du point de vue de l’attractivité et du développement de ces territoires comme de l’accès de leurs habitants aux services publics. Si de nombreux territoires ont expérimenté des services ou des dispositifs innovants, l’efficacité globale souffre d’une difficulté à évaluer, à généraliser et souvent à se coordonner entre eux. 

ORBIMOB 2021- le 14 octobre, éclairage sur les mobilités 100% rurales dans le Parc Naturel Régional du Livradois Forez, focus sur l’AOM de Thiers, sur les articulations entre AOM, et ouverture sur le Massif Central avec le projet TEAMM. 

Autre sujet (et certains tendent à l’oublier!), les territoires ruraux sont aussi les territoires agricoles

… c’est-à-dire ceux où se produit une grosse partie de notre alimentation. 

La décarbonation du  transport des marchandises est un enjeu de taille, qui dépasse les frontières nationales et, à fortiori, régionales. Sur ce sujet, lire l’article de Localtis (Banque des Territoires) à propos des 40 recommandations de la mission d’information sénatoriale relative au transport de marchandises face aux impératifs environnementaux. Avec un transport intérieur de marchandises majoritairement routier, un fret ferroviaire à  9%, contre presque 20% chez ses voisins européens… La France n’est pas vraiment exemplaire sur ce plan. 

Tous ces sujets intéressent Orbimob, qui ira à la rencontre des initiatives de relance ferroviaire par exemple, le 14 octobre. 

FOCUS sur la logistique du dernier kilomètre

Les études sont unanimes, le dernier kilomètre est le plus coûteux. Pour les villes, pour les entreprises de transport et pour les citoyens. Il est aussi le plus générateur de gaz à effet de serre. Et le secteur est également en pleine croissance. 

Alors, quelle solution logistique urbaine qui désencombre les villes, fluidifie le trafic, reste flexible, économique et, surtout, écologique ?

Orbimob 2021 : Eclairages sur la logistique urbaine avec La Poste et Urby. Réflexions sur le lien entre mobilité et résilience alimentaire avec Par Ici la Résilience. Et le 16 octobre, place de Jaude, découvrez et testez toutes les initiatives alternatives.

2035 : Adieu moteur à énergies fossiles?

adieu voiture à énergie fossile

Il y a longtemps, quand nous étions petits, le futur de la mobilité s’imaginait avec des voitures toutes rondes et volantes… force est de constater qu’on n’y est pas vraiment. Mais les choses évoluent et Orbimob nous guide dans une exploration de ce qui se transforme tout près de nous et ailleurs dans le monde…

La France avait affiché le même objectif mais pour 2040: la feuille de route du Green Deal Européen (Le Pacte Vert) avance la mise en œuvre à 2035 de l’interdiction de vente des véhicules émetteurs de gaz à effet de serre, techniquement, les moteurs thermiques alimentés en énergies fossiles. En tout cas, c’est ce qui est prévu dans le “paquet législatif” présenté en juillet 2021, qui entre en négociation et devrait être voté en 2023.

Quoiqu’il en soit, concernant la France, l’interdiction de circuler en ville s’appliquera, par le biais de la mise en place des ZFE (Zone à Faible Emission) et des pastilles Crit’air,  aux véhicules polluants dans près d’une cinquantaine d’agglomérations dès 2025.

Et soudain, tant de haine 

Après l’avoir encensée pour ses effets  bénéfiques sur la liberté de chacun, sur le désenclavement de territoires, sur la circulation facilitée des hommes et des marchandises, la voiture individuelle est aujourd’hui bien mal aimée.   C’est que l’on observe aujourd’hui, avec un nouveau regard, ses externalités négatives. Le monde et ses priorités ont changé.

Alors pourquoi ? Parce que.

– la communauté mondiale s’est engagée à réduire l’augmentation des températures à moins de 2° (lire “lost in legislation” pour un point sur le cadre législatif). 

– la réduction de l’émission des gaz à effet de serre est l’un des principaux objectifs de cet engagement. 

– selon le Ministère de la Transition écologique, le transport en est le principal contributeur (31%) 

97 % des émissions de GES induites par les transports sont constituées de CO2 provenant de la combustion de carburants, 

– les transports routiers contribuent à la quasi-totalité (94 %) des émissions du secteur des transports. 

– celles liées à la circulation routière incombent à hauteur de 54 % aux véhicules particuliers, de 24 % aux poids lourds et de 20 % aux véhicules utilitaires légers. 

– et on peut également ajouter que Santé Publique France estime à 48 000 le nombre de décès prématurés liés à cette pollution. 

Le cadre posé, on peut alors s’interroger : quels prérequis et quelles alternatives faut-il réunir pour réussir cette transition sans générer de soulèvements sociaux  ? Et surtout, de quels leviers dispose-t-on ? 

1. Moins de voitures, moins d’autosolisme 

Si l’on prend l’exemple parisien, 20% des déplacements en voiture seulement seraient ‘indispensables’ c’est à dire sans alternative et même plus précisément ⅔ des déplacements concernent des distances de moins de 3kms en IdF. Évidemment, ce ratio varie fortement selon que l’on soit en milieu urbain ou rural, pour autant, la transformation des pratiques s’observe partout.

Réduire la place de la voiture individuelle sera en fait la conséquence d’un savant dosage – plus ou moins réussi- entre développement d’offres attractives, parce que pratiques, agréables et efficaces et  mesures dissuasives. 

Une combinaison de facteurs en fait,

Encourager le développement des solutions douces et actives. 

Autant pour des raisons de qualité de vie que de santé et d’écologie, les solutions alternatives individuelles explosent. L’année 2020 a vu les ventes de vélos et de trottinettes électriques  multipliées par 10. 

Favoriser l’économie collaborative. 

Autre grand mouvement de fond, rendu possible aussi par la capacité d’innovation de start up, la servicisation, le développement du free floating (les vélos ou trottinettes en libre service) et des pratiques collaboratives, comme l’incarne l’indéniable réussite du modèle BlaBlaCar. Pourquoi investir et entretenir une voiture ou une trottinette rien qu’à soi pour une utilisation ponctuelle ?

Développer l’offre et la modularité des transports publics

Pour tous ces sujets, le rôle de la collectivité, en tant qu’autorité organisatrice de mobilité (et non plus juste des ‘transports’ depuis la LOM (lire ‘lost in legislation) est majeur 

  • Le déploiement des ZFE (Zone à Faible Émission), rendues obligatoires pour les agglomérations de plus de 150 000 habitants à l’horizon 2024 est engagé partout en France. Clermont Auvergne Métropole ne fait pas exception. Ces ZFE ont pour objectif d’améliorer la qualité de l’air des zones urbaines, en interdisant l’accès aux véhicules les plus polluants (et souvent les plus anciens) et s’inscrivant dans une stratégie qui tend vers le zéro émission en développant les alternatives…..
  • Ce dispositif s’accompagne d’autres outils comme la réduction du stationnement sur la voie publique de même que de l’espace réservé à la voiture, la modulation des vitesses autorisées. 
  • On le pressent, tous ces sujets sont potentiellement sources de mécontentements. On a pu le constater en 2020 lors de la mise en place des pistes cyclables éphémères à Clermont… le sujet est inflammable. Charge aux collectivités de trouver les bons dosages pour amorcer les transitions en les accompagnant au mieux … Exercice tout en subtilité s’il en est !
  • Justement, en parallèle, il faut aussi renforcer l’attractivité des offres alternatives et là aussi, la collectivité joue un rôle majeur pour développer les aménagements nécessaires ou préparer le terrain au déploiement d’offres issues du privé.

Par exemple, sujet chaud à Clermont, la création d’un vrai schéma cyclable  métropolitain, qui permette de s’approcher des objectifs nationaux et européens d’une part modale du vélo à 12% en 2030. Il y a certes l’aménagement physique des pistes mais également toutes les questions de sécurisation, d’information, d’accès aux équipements,  de création de parkings sécurisés, de mise en cohérence  pour permettre l’intermodalité

ORBIMOB 2021 – 13 octobre-  journée consacrée à la mobilité urbaine. Les ZFE dans le monde, quels retours d’expérience ? Clermont Auvergne Métropole et SMTC, quels engagements concrets ? Comment l’innovation peut-elle accompagner ces transformations et quel terreau lui faut-il pour prospérer ?

2. Des voitures à énergies alternatives

Ce sont les énergies fossiles qui seront prohibées à compter de 2035. Il est donc urgent d’organiser la production d’énergies faiblement carbonées et d’adapter le parc automobile et les aménagements connexes.

Soit l’électrique, soit les biocarburants.

Pour bien comprendre, soyons pédagogue : il existe  deux types de motorisation :

  •  1/ le moteur à combustion interne qui, s’il n’est plus alimenté en produits dérivés des énergies fossiles, peut l’être avec plein d’autres produits (biogaz, agrocarburants, hydrogène….);
  • 2/  le moteur électrique, qui lui est alimenté en énergie électrique soit grâce à une batterie (stockage) soit grâce à une pile à combustible (générateur alimenté le plus souvent par de l’hydrogène).

L’électrique : une belle matière première pour innover

Aujourd’hui, l’électrique est l’option dont on parle le plus. Tout en soulignant son silence, sa fiabilité, son absence de pollution locale, on ne l’évoque pas toujours en bien. Les véhicules électriques sont encore bien plus coûteux que les autres, ils posent question quant à leur autonomie pour des usages sur des longs trajets, au taux d’équipement en bornes de recharge plus ou moins rapides sur le territoire, aux problématiques de disponibilité des matériaux, au recyclage des batteries…   Autant de sujets qui doivent  alimenter la recherche et l’innovation. Toutefois, l’alternative à la batterie, c’est le développement des piles à combustible alimentées avec de l’hydrogène produit par électrolyse de l’eau, à condition qu’elle le soit à partir d’électricité verte.

La Région Auvergne Rhône Alpes avec le projet “Zero Emission Valley” veut en faire une filière d’excellence en s’appuyant sur le fait que la chaîne de valeur technologique serait quasiment toute présente sur le territoire. L’objectif affiché par la Région serait “d’offrir au marché des véhicules hydrogène au même prix que le véhicule équivalent diesel”. 

Tout l’enjeu de la création de cette filière est d’industrialiser une production aujourd’hui expérimentale ou de petit volume, et ce en développant la capacité de production d’électricité verte. L’enjeu est majeur mais le chemin à parcourir est encore long. 

Certains pays nordiques, comme la Norvège par exemple, sont très avancés en matière d’électrification de leurs mobilités. Ils ont en fait développé une approche très globale, combinant exemplarité des transports publics, incitations fiscales, aménagements favorables …

Lire ce chouette article de Géo sur la Norvège Reine de l’électricité

Les biogaz : écoute et pédagogie 

Les moteurs à combustion interne fonctionnent avec un multitude de matières premières possibles. Les biogaz constituent une option présentant des externalités positives: ils sont particulièrement bien adaptés à la topographie auvergnate, permettent de relocaliser la production d’énergie, d’instaurer une forme d’économie circulaire non délocalisable, d’offrir un revenu à une part du monde agro forestier… Pour autant, ils génèrent encore souvent une forte résistance citoyenne…  Quand on parle biogaz, on parle méthanisation. Si vous tapez les mots clés méthanisation + critique dans votre moteur de recherche, vous verrez que le sujet n’est pas que consensuel. Accusée d’émettre des odeurs nauséabondes, d’appauvrir les sols, de générer du trafic routier, de détourner les terres agricoles  … la méthanisation demande encore beaucoup de concertation avec les parties prenantes et sans doute encore des efforts de recherche pour appréhender complètement et concrètement ses incidences négatives, réelles ou anticipées. 

Et enfin agrocarburants et e-carburants

Sujet  tout aussi controversé, celui des agrocarburants issus de produits agricoles.  Ils peuvent en effet impacter l’affectation des terres agricoles, concurrencer des productions moins rémunératrices, contribuer à l’augmentation des prix alimentaires et nuire à la biodiversité. Ils constituent néanmoins une alternative à l’énergie fossile qui correspond à l’économie de certains pays comme le Brésil par exemple (1er producteur mondial de bioéthanol issu de la canne à sucre)

Pour terminer ce panorama, un mot sur les e-carburants (electrofuel), technique assez complexe à expliquer (pour une explication complète, c’est par ici), il s’agit de produire un carburant liquide à partir de l’électricité. Un hydrogène vert recombiné avec du CO2 capté. Une technologie qui demande des investissements importants pour être économiquement viable.

Comme dans tous les sujets, l’efficacité de la transformation viendra vraisemblablement de la capacité à combiner des solutions, complémentaires dans leurs externalités, positives comme négatives. Aucune des alternatives envisagées n’est en soi une solution parfaite. Elle s’analyse en fonction des potentiels et atouts des territoires, de ses contraintes aussi. Certaines vont contribuer directement à réduire les émissions, d’autres présenteront “seulement” un bilan amélioré et devront être complétées par le développement de puits de carbone… 

On le voit bien, sur ces sujets hautement complexes, il faut – comme sur tous les sujets – bien appréhender la complexité et libérer la créativité, permettre l’expérimentation et l’évaluation, penser territorialisation …  Un vrai champ d’innovation pour les collectivités, les constructeurs, les chercheurs, les start up … 

ORBIMOB 2021 – 13 et 14 octobre –  journées mobilité urbaine & territoires et usages. GRDF, ENEDIS, ENGIE, EDF : panorama des projets et enjeux sur le territoire auvergnat.